Enfin l'heure est venue ! Mon second roman, Les Crimes de l'aube, est en vente sur internet. C'est la suite du premier, Le Sexe des Anges, et l'on retrouvera bien sûr Nicolas aux prises avec de nouvelles intrigues dans un ton que je crois moins léger.
C'est le titre d'un documentaire diffusé sur Arte mardi dernier, et visible en ligne encore quelques jours.
Où l'on apprend que l'agence alimentaire américaine est au service du géant américain des biotechnologies ; que ledit géant est champion du monde de l'intox, du mensonge et de la manipulation ; que les intérêts économiques de la filière sont aux yeux des autorités américaines une priorité devant qui toute question sanitaire est insignifiante ; que le monopole mondial du maïs est pour bientôt ; que des millions d'américains boivent en même temps que leur litre de lait quotidien du pus et des antibiotiques à cause des hormones de croissance, du reste tout à fait inutiles au vu de la surproduction américaine dans ce domaine ; etc.
Édifiant ! De quoi alimenter la polémique sur les OGM et de manière plus générale sur l'agro-alimentaire dans le monde, et se poser cette question de fond : pourquoi les OGM, et surtout pour qui ? Pour les agriculteurs ? Pour les consommateurs ? Pour les scientifiques ? Ou pour Monsanto ?
Très très belle découverte pour moi que le film de Sean Penn, que j'ai vu hier - avec quel plaisir ! - dans le cher petit cinéma de quartier de Besançon que j'affectionnais tant !
Dépêchez-vous si vous ne l'avez pas vu et qu'il passe encore près de chez vous, c'est une expérience assez inoubliable, et cela donne matière à réfléchir à beaucoup de choses fondamentales que notre société s'empresse généralement de nous faire oublier.
L'aventure, l'amitié, le sens de la vie, la nature, le sacré, le bonheur, la liberté, il y a longtemps que notre monde léthargique leur a trouvé des trajectoires droites et ronronnantes. Mais s'il y avait autre chose ? si l'on pouvait partir à l'aventure, explorer la frontière entre l'état civilisé et l'état de nature, l'expérience ne serait-elle pas riche d'enseignements ?
Nostalgie hellénistique de mes années de grec au lycée, après être tombé par hasard sur un documentaire de la série Empreintes de France 5 sur Jacqueline de Romilly, grande helléniste s'il en est et Académicienne.
Pas très excitant, la dame est assez âgée et tout le monde se dit "ouh la la document France 5 intello et chiant"… Mais j'ai été impressionné par la sagesse et la hauteur de vue de cette dame, et son approche du rôle essentiel de la culture grecque pour l'homme moderne m'a saisi par sa justesse. Elle parle du temps, de l'équilibre, de la culture, de la beauté.
Je mets cela en rapport avec ces lignes de Molière dans le Bourgeois gentilhomme, ironiques mais non dénuées d'une certaine vérité :
MAÎTRE À DANSER.- La musique et la danse... La musique et la danse, c'est là tout ce qu'il faut.
MAÎTRE DE MUSIQUE.- Il n'y a rien qui soit si utile dans un État, que la musique.
MAÎTRE À DANSER.- Il n'y a rien qui soit si nécessaire aux hommes, que la danse.
MAÎTRE DE MUSIQUE.- Sans la musique, un État ne peut subsister.
MAÎTRE À DANSER.- Sans la danse, un homme ne saurait rien faire.
MAÎTRE DE MUSIQUE.- Tous les désordres, toutes les guerres qu'on voit dans le monde, n'arrivent que pour n'apprendre pas la musique.
MAÎTRE À DANSER.- Tous les malheurs des
hommes, tous les revers funestes dont les histoires sont remplies, les
bévues des politiques, et les manquements des grands capitaines, tout cela n'est venu que faute de savoir danser.
C'est à la fois d'une actualité brûlante et confidentielle : qui se
soucie que l'enseignement du grec soit en train de disparaître en
France ? Et pourtant, combien de générations encore résisteront avant
que cette langue ne soit totalement oubliée et que plus un étudiant ne
l'apprenne dans notre pays ? Homère aurait survécu aux siècles d'oubli
du Moyen-Âge pour mourir au XXIe siècle parce que le désintérêt
l'emporte sur l'émerveillement de cette littérature éblouissante ? Mais au fond quoi d'étonnant à ce que ces langues mortes qui faisaient le socle des humanités de l'honnête homme de Montaigne tombent en désuétude en des temps où l'humanisme est un vain mot vidé de sa substance ?
J'ai vu hier soir le dernier Wong Kar Wai, My blueberry Nights.
Une personne mal intentionnée de ma connaissance m'avait mis en garde :
ça va être nul, des acteurs américains, une nouvelle équipe, plus rien
de ce qui fait la personnalité du réalisateur… Sauf que Wong Kar Wai a
justement une personnalité qui va plus loin que le simple exotisme qui
consiste à filmer une pivoine à la mode de Hong-Kong (d'autres
personnes mal intentionnées se reconnaîtront…).
Bref, au final j'ai trouvé le film très bon. C'est assez déroutant car
l'univers affiche vraiment une cohérence avec les précédents films du
réalisateur (dans la narration, les thèmes, les personnages, le
cadrage, la texture des images, et même la musique avec le "Yumeji
theme" déjà présent dans In the mood for love revisité) même si l'emballage et le côté road movie ont quelque chose de résolument américain. Une belle expérience et un film qui laisse des traces dans l'imaginaire. On attend avec impatience l'évolution du réalisateur de 2046 et de prochains ches-d'oeuvre.
Une fois n'est pas coutume, un sujet très personnel mais qui devrait plaire à l'intéressé : aujourd'hui mon grand frère a 33 ans, l'âge du Christ entre autres… Espérons que cette année se passera avec plus de bonheur immédiat (quoique le salut de l'âme et de l'humanité ça n'est pas si mal…) !
L'occasion de lui souhaiter un BON ANNIVERSAIRE ! Bonheur, réussite, amour, argent, santé, etc.
Voilà, tout est prêt pour la parution de mon second roman. Après bien
des allées et venues entre l'édition traditionnelle et l'auto-édition,
je me suis finalement décidé pour cette dernière. J'aurai ainsi les
mains libres pour faire exactement ce que je veux, pour un résultat
tout aussi professionnel en ce qui concerne l'objet-livre. La
distribution sera plus problématique, mais je veux tenter ma chance sur
internet et j'en profite pour finaliser mon site internet sur lequel on
trouvera tous mes écrits avec une description et diverses informations.
Toutes les infos pour se le procurer seront en ligne ici dans les jours ou semaines qui viennent !
Quel dommage ! À quelques jours près, débordé que nous sommes par des occupations nous ayant retenu loin de ces lignes, nous allions écrire nos premiers mots approbateurs envers Nicolas Sarkozy suite à un Grenelle de l’environnement certes éloigné des utopies propres à nous donner le frisson, mais tout de même plus encourageant que ce qu’on attendait, sur la plupart des sujets abordés. Il faut reconnaître qu’on espérait moins d’engagement, par exemple sur le nucléaire et les OGM. Et quoi ? Précédant notre réaction pour une fois positive, le président nous gratifie d’une de ses brillantes saillies, et propose d’augmenter son propre salaire afin qu’il égale celui du premier ministre, soit 19000 euros brut par mois, alors qu’il ne touche à l’heure actuelle que 6000 « petits » euros net. Et d’arguer qu’il fait ce choix par souci de transparence (on ne voit pourtant pas le rapport) et d’égalité (mais alors pourquoi ne pas abaisser celui du ministre ?).
Il est amusant de constater qu’en même temps qu’on aligne les régimes spéciaux sur le régime général (donc par le bas), on aligne les salaires de nos dirigeants par le haut. Dans le même temps, le budget de l’Élysée passe de 68 à 100 millions d’euros, excusez du peu. N’importe, il se trouvera bien quelques naïfs pour trouver le rapport entre transparence et bénéfices personnels, telle cette brave femme qui l’autre soir à la télévision affirmait avoir voté pour Sarkozy et ne pas comprendre son choix d’instaurer la franchise sur les dépenses de santé. Mais Madame, il faut lire les programmes avant de voter ! Ce qui rejoint une réaction sur ce blog à l’article L'épineuse question de la taille à propos du permis de voter, dont je ferai un prochain sujet dans ces lignes.
Quelques réflexions suite à ma visite des grands chantiers architecturaux du Führer à Nuremberg, et du très complet centre de documentation y afférent - en allemand, Dokumentationszentrum Reichsparteitagsgelände - dont l'exposition permanente dans les lieux de l'inachevée Kongresshalle est à la fois très instructive et édifiante. On y découvre une mine d'informations sur les journées du parti, leur organisation, leur perception par le public, leur cadre, ainsi que des modèles permettant d'imaginer ce qu'aurait été le quartier si les projets avaient été achevés. On l'aura deviné, le syndrome de la taille n'épargnait pas les architectes nazis, et plus le chantier était grand et mastoc, plus il plaisait. À croire que là encore tout est affaire de taille, et qu'on récolte plus de suffrages en promettant d'être le plus grand, le plus fort, le plus riche, que sais-je encore ? qu'à chercher à être le plus intelligent, le plus tolérant, le plus idéaliste, le plus esthète. J'ai entendu un jour à la radio un philosophe expliquer qu'il croyait à la nature régressive de l'homme, à la tendance de chacun à plutôt se laisser aller à la facilité et au recul que se contraindre à progresser et s'améliorer. Cette exposition m'y a fait penser, parce que le nazisme a montré qu'on inflige plus facilement un effort physique au nom d'une idéologie prémâchée et flatteuse, que l'on ne contraint quelqu'un à un effort intellectuel. Quqnd on y pense, cela fait peur, et il me semble que c'est là le véritable chantier pour l'humanité. La faiblesse idéologique de la campagne présidentielle en France me paraît tout à fait dans cette continuité : l'image, l'habileté à galvaniser la foule restent les seules valeurs efficaces en politique. Le monde n'a peut-être pas tant changé que cela...
Une petite publicité diffusée dans la presse anglaise et le métro de Londres, à l'initiative du Comité régional du tourisme d'Ile-de-France, rapprochant la Coupe du monde de rugby et la ville des amoureux… Pas mal… Quand on dit que le rugby n'est pas un sport de pédé…
Le réseau Sortir du nucléaire
publie un rapport EDF édifiant sur le risque sismique concernant
plusieurs centrales nucléaires de son parc. Difficile de vérifier la
provenance de ce rapport, mais une information tout de même très
préoccupante. EDF aurait manoeuvré pour étouffer les résultats d'études
scientifiques très sérieuses, aurait ensuite refusé de payer pour les
travaux à faire pour améliorer la situation. Plus d'informations sur le
site.
Le réseau avait déjà il y a peu publié un guide très intéressant sur le
réacteur ITER et la fusion nucléaire, technique vraisemblablement
impossible à mettre en oeuvre dans un délai réaliste, et de plus
horriblement coûteuse et polluante tant qu'elle ne sera pas au point.
Le projet ITER en soi n'est d'ailleurs pas du tout productif, son but
étant seulement de montrer qu'on peut exploiter la fusion quelques
secondes sur Terre, et produire pendant 6 à 7 minutes 10 fois plus
d'énergie qu'il n'en consomme, tout cela pour la modique somme de 10
milliards d'euros. Sans parler des risques environnementaux (2kg de
tritium dans le réacteur, à 10 millions de dollars le kilo, peuvent
tuer 2 millions de personnes, plus la radioactivité 10 fois supérieure
à une centrale à fission), aucun matériau connu ne résisterait à la
fusion et on emploierait un champ magnétique, mais ce dernier ne bloque
pas les neutrons, lesquels heurteront à leur tour une paroi dans un
matériau hypothétique qui pourrait résister… Bref, promis depuis
1950, le réacteur à fission n'est pas près de voir le jour. Il présente
en plus le risque que le tritium, à l'heure actuelle très difficile à
produire, devienne plus facile à se procurer. Le tritium, c'est
l'ingrédient magique qui fait d'une bombe nucléaire une bombe H, 10
fois plus puissante.
Autant dire que ce n'est pas l'énergie de l'avenir, car elle ne pourra
jamais être mise en oeuvre dans des pays pauvres et restera toujours
dangereuse et difficile à exploiter, polluante en déchets radioactifs,
à supposer qu'elle soit un jour exploitable. Une fois de plus, nos
politiques s'illustrent par leur ambition, leur soif de sensationnel,
et leur mépris de l'efficacité et du travail de fond.
L'écologie a encore de belles années devant elle… Et il faudra encore avaler beaucoup de noyaux (d'atomes) pour goûter les fruits de l'énergie miracle.
Ouverture d'une boutique sur internet qui vend des T-shirts un peu décalés et très gays… Âmes sensibles s'abstenir, certains logos sont plutôt crus… Mais je trouve ça drôle, ne déplaise aux lecteurs qui auraient encore des illusions sur mon goût de l'irrévérence. Le vendeur est un ami en plus ;p
Garçons qui n'avez pas froid aux yeux, allez vite y faire un tour !
Grosse déception après avoir vu en DVD Haute tension. Bon, tout cela fonctionne plutôt bien jusqu'à un quart d'heure de la fin, c'est très gore, il faut aimer, mais personnellement ça ne me gêne pas et ce genre de film exerce une saine catharsis car le méchant est vraiment détestable. J'avais plutôt bien aimé le remake d'Alexandre Aja de La Colline a des yeux, que je trouvais à la fois efficace et pas dénué de réflexion derrière l'apparent premier degré.
Hélas ! Voilà qu'on nous a préparé un retournement et que l'histoire n'est pas ce qu'on croyait… Bon je ne veux pas vendre la mèche pour ceux qui n'auraient pas vu le film, mais le retournement ne marche pas parce qu'il y a abus de confiance. Une fois n'est pas coutume, je rejoindrai l'opinion du personnage de Stephen King dans Misery : il ne faut pas se moquer du lecteur ou du spectateur. Si on nous a montré quelque chose, cela veut dire que c'était réel, sauf si c'est un rêve.
En gros, il y a un problème de point de vue, et alors que tout le film semble se passer en focalisation externe, on est en fait en focalisation interne, ce qui permet au réalisateur de ménager un coup de théâtre quand on comprend que les choses ne sont pas ce qu'elles paraissaient. Sauf que…
D'abord il y a des scènes qui ne peuvent pas exister en focalisation interne, notamment la première apparition du tueur, à laquelle n'assiste pas le personnage par lequel se fait la focalisation. Donc c'est de la manipulation pure et simple que de nous la montrer et de nous dire après "c'est ce que voyait le personnage" car ledit personnage n'était pas là.
Ensuite il y a des petits soucis d'hémoglobine : comment Cécile de France se retrouve-t-elle en sang s'il n'y a pas eu d'accident de voiture ? Et d'ailleurs d'où vient la camionnette ?
On pourrait continuer mais il est difficile de ne pas raconter le film et fastidieux pour ceux qui ne l'ont pas vu de lire ces lignes. L'essentiel est que j'ai horreur de ce genre de procédé. Je veux bien me laisser emmener où veut le réalisateur, mais à condition qu'il ne m'arnaque pas. Sinon, on est en droit de demander le remboursement, comme dans Misery.
Régine Crespin est décédée, et avec elle disparaît une très grande dame du chant français. Son art stylé, féminin, sa déclamation élégante, et ce métal caché sous un timbre de velours lui valurent une carrière internationale exemplaire, et entre autres la consécration de Bayreuth. La fin d'un âge et une nouvelle page qui se tourne, dans un silence médiatique bien décourageant. Combien d'années faudra-t-il pour que les jeunes chanteurs l'aient oubliée, comme ils ont oublié Nilsson ou Schwarzkopf ? Plus que jamais le temple a bien besoin d'être gardé.
Que de temps a passé depuis mes dernières lignes ! Temps richement occupé, entre autres à une semaine entre rêve et mer sur la Côte d'Azur, avec un soleil magnifique bien rare ailleurs, et cependant une petite déception.
Mes vacances n'intéressent personne (sauf certains lecteurs familiers qui y ont pris part) mais l'accueil du Centre méditerranéen du Cap d'Ail mérite d'être souligné. À ce qu'on m'a dit, depuis qu'il est géré par la municipalité de Monaco, l'accès en est devenu de plus en plus difficile. Pour moi qui passai une semaine délicieuse consacrée à la contemplation (ne déplaise aux détracteurs de mon sujet sur mon ginkgo…) de la nature et d'une certaine harmonie de la ville avec son cadre paradisiaque, c'était un pélerinage nécessaire et déjà repoussé d'un an que la visite de l'amphithéâtre que Cocteau y a dessiné à flanc de rocher avec vue sur la mer.
Seulement voilà, pour le visiter il faut faire une demande par téléphone. Ce que j'ai fait. On m'a répondu qu'il fallait au préalable une demande écrite motivée (la curiosité ne suffit pas, il faut une bonne raison). Il s'agirait d'une visite bondée de touristes japonais en mal de photographies, on pourrait comprendre, mais il est triste d'être ainsi déçu. Dommage.
Il y a longtemps que je ne lui avais pas tapé dessus, alors juste pour
rire un petit sujet sur les talents orthographiques de notre nouveau
président.
Un article du Canard Enchaîné a relevé avec un certain esprit d'à
propos que sur une photo de Paris Match où l'on voit l'ex-futur
candidat travailler à la rédaction de son livre Libre, qu'il avait
écrit "… des décisions difficilles", avec 2 l, comme "faucille". Pas
brillant…
Ce qui renvoie à ce courrier dans Libération, d'un professeur retraité
du nom de Jean-Bernard Gonzales, qui répondait à un ingénieur affirmant
que Sarkozy avait eu son bac avec mention très bien, qu'il était
"membre du
jury qui a fait passer les épreuves du bac B à notre futur
président au lycée Molière (Paris XVIe) en 1973 : les notes d'écrit
du candidat n° 18917 étaient tellement médiocres (7/20 en français,
8/20 en mathématiques, 9/20 en philosophie...) qu'il lui a fallu
passer l'oral pour être reçu sans mention."
Témoignage certes contestable, mais qui ne doit pas faire oublier qu'il
a redoublé sa 6e. Décidément pas terrible, pour qui veut stigmatiser
les enfants qui ont un cheveu qui dépasse. D'ailleurs, alors que la
presse se déchaînait sur la "bravitude" de Ségolène, on passait sous
silence la "fatitude" de Sarkozy (le 18 avril 2007, sur France Inter,
en réponse à une question de la journaliste Helène Jouan). Où sont les politiciens qui savent manipuler la langue ? Comme je l'ai lu sur le
site Vox populi, "la France a son syndrôme proustien. Or, faire des phrases longues est
réservé aux vrais grands esprits, ceux qui ont de la mémoire, et qui,
au milieu d’une phrase longue, se souviennent du début, tout en ayant à
l’esprit la fin et la conclusion auxquelles ils entendent parvenir !"
À méditer… Surtout avant de poser devant la bibliothèque de l'Élysée.
La BNP s'apprête à financer une centrale nucléaire à Belene en
Bulgarie, au grand dam de plusieurs associations anti-nucléaires.
Plusieurs risques sont évoqués, notamment l'activité sismique du site
(!). Apparemment le réacteur ne correspond pas aux normes de sécurité
françaises, mais le groupe BNP-Paribas entend pourtant soutenir le
projet. A l'occasion de la journée mondiale de l'Environnement des
Nations Unies, le 5 juin 2007, plusieurs associations appellent à
distribuer des tracts aux salariés de la BNP.
Il est aussi possible d'envoyer un courriel aux intéressés ici.
Voilà, mon petit Ginkgo biloba semé au mois de mars après une bonne stratification de 6 semaines dans le bac à légumes a montré le bout de son nez, et pousse très vite. À l'appui, ces deux photos prises à une semaine d'intervalle où l'on voit bien l'apparition des premières feuilles, dont la couleur dorée caractéristique à l'automne lui ont valu son nom d'Arbre "aux quarante écus". Arbre robuste et très utilisé pour ses propriétés médicinales par l'industrie pharmaceutique, on dit que c'est la seule espèce a avoir survécu aux radiations d'Hiroshima… C'est aussi l'un des plus vieux arbres, le seul survivant de son genre.
Reste à savoir ce que je ferai du mien, soit un bonsaï que je formerai de A à Z, soit un arbre planté en pleine terre (pourquoi pas ?).
Ça y est, la France qui se lève tôt est en route, rien ne l'arrêtera plus. Son mentor, à peine élu, renouvelle son serment d'allégeance aux Français : "je ne vous trahirai pas, je ferai ce que j'ai dit". Il a bien raison, vas-y Nicolas, fais comme tu as dit : tu les emmerdes, ceux qui se dressent sur ton chemin et qui ne partagent pas ta manière de voir la vie.
Alors, d'abord les Bulgares. Ils nous les cassent, avec leurs infirmières. Du coup elles sont devenues libyennes dans ta bouche, et qu'on ne vienne pas te rappeler que tu étais tellement mortifié par leur sort que tu étais prêt à aller les chercher en personne s'il le fallait.
Ensuite, ta retraite dans un monastère - on était déjà prêt à monter au créneau pour la laïcité - mais non, sublime diversion d'un homme politique jamais à cours de ressources, finalement un bon vieux temple capitaliste, le Fouquet's puis le yacht de ton pote Bolloré, c'est plus sain, et pour les photos dans Paris Match ça ira tout seul. Bien sûr, nous n'aurons pas l'indécence de demander qui paie la facture, hein, on est entre amis, on sait parfaitement que le contribuable n'aura pas à mettre la main à la poche, pas plus que toi, c'est gracieusement offert par tous tes amis, ils te doivent bien ça vu tous les cadeaux que tu vas leur faire de notre part à nous, la France qui ne se lève pas tôt. En surfant un peu au hasard, je suis tombé bien sûr sur des commentaires désobligeants, qui trouvaient cela obscène d'afficher un tel luxe. "Ça m'indigne", a même réagi Vincent Peillon. "Lorsque l'on a critiqué la
société d'assistance, M. Sarkozy semble être assisté mais par les
milliardaires qui lui prêtent leur jet privé, qui l'accueillent dans
les yachts". "On n'a jamais
vu à ce point quelqu'un qui affiche de façon très provocatrice le goût
de l'argent et sa proximité avec les milieux d'affaires". Que les gens sont méchants avec toi ! Il y a même un internaute qui commente en regrettant son vote à droite et en demandant pardon à Ségolène, quelles girouettes ces Français !
Tu auras fort à faire pour les pacifier en tout cas, parce que pour le moment la paix sociale n'est pas au rendez-vous, et tu as fait ce qu'il fallait… On va bien rigoler la prochaine fois que tu iras à Argenteuil !
Bon allez, j'arrête, je ne voudrais pas gâcher tes retrouvailles avec ton ami Johnny, pas du tout rapace, lui qui était saigné par l'impôt français et qui "travaillait" 9 mois sur 12 pour l'État. C'est une vraie connivence avec toi, ça, un vrai point commun, vous n'aimez pas travailler pour l'État, mais plutôt pour vous. Enfin, avec ton bouclier fiscal, il va être heureux et épanoui. C'était une mesure urgente, c'est vrai, quand on voit tous ces malheureux qui se lèvent tôt pour gagner le SMIC et qui paient 60% d'impôts, ça va les soulager… Ah non, je me trompe, ça n'est pas 60% pour le SMIC ? Ah, c'est juste pour les "riches"… Ah je comprends, je m'étais trompé, pendant un moment j'ai cru que j'avais eu tort de voter Ségolène…
Après la victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles, et
pendant la grande fête donnée en son honneur Place de la Concorde, le
son était tout autre Place de la Bastille. Ce n'est pas la concorde
nationale qui régnait là, mais un affrontement musclé entre CRS et
manifestants anti-Sarkozy. Pavés, canons à eau, bombes lacrymogènes,
bris de verre, véhicules incendiés, tout était là pour rappeler à
l'heureux Président que l'héritage de mai 1968 a la vie dure, et qu'il
aura encore du chemin à faire avant d'être le président de tous les
Français. Mais quoi ? Qui sème le vent récolte la tempête, et l'on ne
passe pas la campagne à expliquer à la moitié des électeurs que l'autre
moitié est constituée de voleurs sans créer quelque animosité.
Monsieur le Président de la République,Malgré tous nos efforts et nos souhaits, vous êtes arrivé au faîte de l'État. Vous avez fait ce qu'il fallait pour cela. Vous avez semé sur la peur et l'ignorance de la population, vous avez agité maint épouvantail en même temps qu'une résolution affichée - à défaut de projet - pour l'exorciser, vous avez divisé un peuple déjà au bord de la rupture, vous avez désigné des responsables à tous les maux, dressé les bons contre les méchants, appelé tous les communautarismes à vous, prêché l'action politique musclée mais éphémère, le faux parler vrai, la pseudo-responsabilité des dirigeants, vous avez promis bruyamment le plein emploi, la sécurité, la croissance à 5%, les baisses d'impôts de 4 points, le pacte écologique de Nicolas Hulot, tout en sachant qu'une promesse électorale "n'engage que celui qui la croit".Vous avez "ramené les électeurs du FN dans le giron de la droite républicaine" en épousant le discours de Jean-Marie Le Pen, vous avez exercé un chantage très démocratique sur les députés UDF, vous avez dragué les ouvriers qui ont un travail épuisant avec les heures supplémentaires, les fonctionnaires en ne renouvelant pas leurs effectifs, les écolos à coups d'EPR sans dialogue, les précaires en renvoyant les syndicats à leur impuissance politique, et, chose improbable et merveilleuse entre toutes, qui en dit long peut-être sur le discernement de nos concitoyens, vous avez été élu.Ils vous ont fait confiance, malgré votre bilan discutable, malgré vos contradictions devant lesquelles aucun de vos amis des médias ni aucun de vos médiocres adversaires n'a su vous remettre, malgré vos promesses intenables, malgré vos mensonges déjà avérés, vos retournements de veste, votre arrivisme, votre irrespect de la loi quand il vous plaît - Neuilly et les logements sociaux - votre discours idéologique sur l'inné et l'acquis qui n'avait pas sa place dans une campagne, vos signes religieux extérieurs dans l'exercice de vos fonctions, vos abus de pouvoir, vos colères, vos censures, vos incompétences manifestes sur certains dossiers tels l'environnement, votre atlantisme, votre soutien à la guerre de profit de l'administration Bush en Irak, votre soutien aux entreprises du CAC 40, votre démagogie en un mot.Mais nous ne vous avons pas fait confiance, et nous ajoutons que toute notre défiance accompagnera votre mandat. Nous aurons à coeur de relever et de diffuser vos échecs et vos mensonges. Nous voulons croire que vous serez le merveilleux président que vous avez promis, mais nous peinons à nous en convaincre, et nous attendrons avec le plus grand scepticisme que vous fassiez vos preuves.Prochain bilan dans 5 ans, donc. Réjouissez-vous, votre parole prophétique s'est réalisée : "la France s'est toujours donnée à celui qui la désirait le plus". Or il est incontestable qu'à l'aune de l'ambition, aucun candidat et pour encore de longues années ne pourra vous contester le pouvoir. Mais de grâce, épargnez-nous vos discours compatissants et préoccupés sur la gravité de votre responsabilité, et pour changer, agissez, vous le candidat de l'action. Troquez un peu vos actions médiatiques pour du travail de fond, et l'on verra de quoi vous êtes capable. Et aussi de quoi vous êtes incapable.
Gorgias toujours, sur le problème du rôle de l'homme politique dans la cité. J'avoue que le parallèle avec Sarko m'a sauté aux yeux…
SOCRATE Ce n’est pas pour avoir le dessus que je t’interroge, c’est parce que j’ai un véritable désir de savoir ton opinion sur la manière dont il faut traiter la politique chez nous. T’occuperas-tu, une fois arrivé aux affaires, d’autre chose que de faire de nous des citoyens aussi parfaits que possible ? N’avons-nous pas déjà reconnu mainte fois que tel était le devoir de l’homme d’État ? L’avons-nous reconnu, oui ou non ? Réponds. Oui, nous l’avons reconnu, puisqu’il faut que je réponde pour toi. Si donc tel est l’avantage que l’homme de bien doit ménager à sa patrie, rappelle-toi les hommes dont tu parlais tout à l’heure et dis-moi si tu crois toujours qu’ils ont été de bons citoyens, les Périclès, les Cimon, les Miltiade, les Thémistocle.
CALLICLÈS Oui, je le crois.
SOCRATE S’ils étaient bons, il est évident que chacun d’eux rendait ses concitoyens meilleurs qu’ils n’avaient été jusqu’alors. Le faisaient-ils, ou non ?
CALLICLÈS Oui.
SOCRATE Donc, lorsque Périclès commença à parler en public, les Athéniens étaient moins bons que lorsqu’il prononça ses derniers discours ?
CALLICLÈS Peut-être.
SOCRATE Ce n’est pas peut-être, excellent Calliclès, c’est nécessairement qu’il faut dire, d’après les principes que nous avons reconnus, s’il est vrai que cet homme d’État était un bon citoyen.
CALLICLÈS Et après ?
SOCRATE Rien. Mais réponds encore à cette question : les Athéniens passent-ils pour être devenus meilleurs grâce à Périclès, ou, au contraire, ont-ils été corrompus par lui ? J’entends dire en effet que Périclès a rendu les Athéniens paresseux, lâches, bavards, et avides d’argent, en établissant le premier un salaire pour les fonctions publiques .
CALLICLÈS C’est aux laconisants aux oreilles déchirées que tu as entendu dire cela, Socrate.
SOCRATE Eh bien, voici une chose que je n’ai pas apprise par ouï-dire, mais que je sais positivement et toi aussi, c’est qu’au début, Périclès avait une bonne réputation et que les Athéniens ne votèrent contre lui aucune peine infamante, au temps où ils avaient moins de vertu, mais lorsqu’ils furent devenus d’honnêtes gens grâce à lui, vers la fin de sa vie, ils le condamnèrent pour vol ; ils faillirent même lui infliger la peine de mort, évidemment parce qu’ils le jugeaient méchant.
CALLICLÈS Eh bien, Périclès était-il méchant pour cela ?
SOCRATE En tout cas, un gardien d’ânes, de chevaux ou de bœufs serait jugé mauvais s’il était dans le cas de Périclès, si, ayant reçu à garder des animaux qui ne ruaient pas, qui ne frappaient pas de la corne, qui ne mordaient pas, il les avait rendus sauvages au point de faire tout cela. Ne tiens-tu pas pour mauvais tout gardien d’animaux, quels qu’ils soient, qui, les ayant reçus plus doux, les a rendus plus sauvages qu’il ne les a reçus ? Est-ce ton avis, ou non ?
CALLICLÈS Oui, pour te faire plaisir.
SOCRATE Fais-moi donc encore le plaisir de répondre à ceci l’homme fait-il, ou non, partie des animaux ?
CALLICLÈS Sans doute.
SOCRATE Or, c’était des hommes que Périclès avait à conduire ?
CALLICLÈS Oui.
SOCRATE Eh bien, n’auraient-ils pas dû, comme nous venons d’en convenir, devenir par ses soins plus justes qu’ils ne l’étaient avant, si Périclès avait pour les diriger les qualités d’un homme d’État ?
CALLICLÈS Certainement.
SOCRATE Or les justes sont doux, au dire d’Homère. Qu’en dis-tu ? N’est-ce pas ton avis ?
CALLICLÈS Si.
SOCRATE Cependant il les a rendus plus féroces qu’il ne les avait reçus, et cela contre lui-même, le dernier qu’il eût voulu voir attaquer.
CALLICLÈS Tu veux que je te l’accorde ?
SOCRATE Oui, s’il te paraît que je dis la vérité.
CALLICLÈS Soit donc.
SOCRATE Mais en les rendant plus féroces, il les a rendus plus injustes et plus mauvais ?
CALLICLÈS Soit.
SOCRATE A ce compte, Périclès n’était donc pas un bon politique ?
CALLICLÈS C’est toi qui le dis.
SOCRATE Et toi aussi, par Zeus, si je m’en rapporte à tes aveux. Mais maintenant parlons de Cimon. N’a-t-il pas été frappé d’ostracisme par ceux dont il prenait soin, pour que de dix ans ils n’eussent plus à entendre sa voix ? Et Thémistocle n’a-t-il pas été traité de même et de plus condamné à l’exil ? Quant à Miltiade, le vainqueur de Marathon, n’avaient-ils pas voté qu’il serait jeté dans le barathre et, sans le prytane, n’y aurait-il pas été précipité ? Si cependant tous ces hommes avaient eu la vertu que tu leur attribues, ils n’auraient jamais été traités de la sorte. Il n’est pas naturel que les bons cochers restent fermes sur leur char au début de leur carrière et qu’ils en tombent juste au moment où ils ont dressé leurs chevaux et sont devenus eux-mêmes plus habiles. C’est ce qui n’arrive ni dans l’art de conduire un attelage, ni dans aucun autre. N’est-ce pas ton avis ?
CALLICLÈS Si.
SOCRATE Nous avions donc raison, à ce qu’il paraît, quand nous disions dans nos précédents discours qu’il n’y avait jamais eu, à notre connaissance, de bon politique dans notre ville. Tu avouais toi-même qu’il n’y en a point parmi nos contemporains, mais qu’il y en avait eu jadis et à ceux-là tu donnais une place à part. Mais nous avons reconnu qu’ils étaient exactement pareils à ceux de nos jours, en sorte que, s’ils ont été des orateurs, ils n’ont fait usage ni de la véritable rhétorique, autrement ils n’auraient pas été renversés, ni de la rhétorique flatteuse.
CALLICLÈS Il s’en faut pourtant de beaucoup, Socrate, qu’aucun des politiques d’aujourd’hui ait jamais fait quelque chose de comparable aux œuvres de l’un quelconque de ceux-là.
SOCRATE Moi non plus, mon admirable ami, je ne les blâme pas, en tant que serviteurs de l’État. Je crois même qu’à ce titre ils ont été supérieurs à ceux d’aujourd’hui et plus habiles à procurer à la cité ce qu’elle désirait. Mais pour ce qui est de faire changer ses désirs et d’y résister, en l’amenant par la persuasion ou par la contrainte aux mesures propres à rendre les citoyens meilleurs, il n’y a, pour ainsi dire, pas de différence entre ceux-ci et ceux-là. Or c’est là l’unique tâche d’un bon citoyen. A l’égard des vaisseaux, des murailles, des arsenaux et de beaucoup d’autres choses du même genre, je conviens avec toi qu’ils ont été plus habiles à en procurer que ceux d’aujourd’hui. Cela étant, nous faisons, toi et moi, à discuter ainsi, une chose ridicule : depuis le temps que nous conversons, nous n’avons pas cessé de tourner dans le même cercle, sans nous entendre l’un l’autre. En tout cas, je suis sûr que tu as plus d’une fois avoué et reconnu qu’il y a deux manières de traiter le corps et l’âme : l’une servile, par laquelle il est possible de procurer au corps, s’il a faim, des aliments ; s’il a soif, des boissons ; s’il a froid, des vêtements, des couvertures, des chaussures, bref, tout ce que le corps peut désirer. C’est à dessein que j’emploie les mêmes exemples, afin que tu me comprennes plus facilement. Quand on est en état de fournir ces objets, soit comme négociant ou marchand au détail, soit comme fabricant de quelqu’un de ces mêmes objets, boulanger, cuisinier, tisserand, cordonnier, tanneur, il n’est pas surprenant qu’en ce cas on se regarde soi-même et qu’on soit regardé par les autres comme chargé du soin du corps, si l’on ne sait pas qu’outre tous ces arts il y a un art de la gymnastique et de la médecine qui constitue la véritable culture du corps, et auquel il appartient de commander à tous ces arts et de se servir de leurs produits, parce qu’il sait ce qui, dans les aliments ou les boissons, est salutaire ou nuisible à la santé du corps, et que tous les autres l’ignorent. C’est pour cela qu’en ce qui regarde le soin du corps, ces arts sont réputés serviles, bas, indignes d’un homme libre, tandis que la gymnastique et la médecine passent à bon droit pour être les maîtresses de ceux-là. Qu’il en soit de même en ce qui concerne l’âme, tu sembles le comprendre au moment même où je te le dis et tu en conviens en homme qui a compris ma pensée ; mais, un moment après, tu viens me dire qu’il y a d’honnêtes citoyens dans notre ville, et, quand je te demande lesquels, tu mets en avant des hommes qui me paraissent exactement tels en matière de politique que, si, interrogé par moi, en matière de gymnastique, sur ceux qui ont été ou sont habiles à dresser les corps, tu me citais avec le plus grand sérieux Théarion, le boulanger, Mithaïcos, celui qui a écrit sur la cuisine sicilienne, et Sarambon, le marchand de vin, parce qu’ils s’entendent merveilleusement à prendre soin du corps, en apprêtant admirablement, l’un le pain, l’autre les ragoûts et le troisième le vin. Peut-être t’indignerais-tu si je te disais : Tu n’entends rien, l’ami, à la gymnastique. Tu me nommes des gens qui sont des serviteurs et des pourvoyeurs de nos besoins, mais qui n’entendent rien à ce qui est beau et bon en cette matière. Le hasard peut faire qu’ils remplissent et épaississent les corps de leurs clients et qu’ils soient loués par eux ; mais ils finiront par leur faire perdre même leur ancienne corpulence. Ceux-ci, de leur côté, sont trop ignorants pour accuser ceux qui les régalent d’être les auteurs de leurs maladies et de la perte de leur poids primitif ; mais, si par hasard il se trouve là des gens qui leur donnent quelque conseil, au moment où les excès qu’ils ont faits sans égard pour leur santé auront longtemps après amené la maladie, ce sont ceux-là qu’ils accuseront, qu’ils blâmeront, qu’ils maltraiteront, s’ils le peuvent, tandis que, pour les premiers, qui sont la cause de leurs maux, ils n’auront que des éloges. Toi, Calliclès, tu agis exactement comme eux. Tu vantes des hommes qui ont régalé les Athéniens en leur servant tout ce qu’ils désiraient, et qui ont, dit-on, agrandi l’État. Mais on ne voit pas que l’agrandissement dû à ces anciens politiques n’est qu’une enflure où se dissimule un ulcère. Car ils n’avaient point en vue la tempérance et la justice, quand ils ont rempli la cité de ports, d’arsenaux, de remparts, de tributs et autres bagatelles semblables. Quand viendra l’accès de faiblesse, les Athéniens accuseront ceux qui se trouveront là et donneront des conseils, mais ils n’auront que des éloges pour Thémistocle, pour Cimon, pour Périclès, auteurs de leurs maux. Peut-être est-ce à toi qu’ils s’attaqueront, si tu n’y prends garde, ou à mon ami Alcibiade, quand avec leurs acquisitions ils perdront leurs anciennes possessions, quoique vous ne soyez pas les auteurs du mal, mais seulement peut-être des complices. Au reste, il y a une chose déraisonnable que je vois faire aujourd’hui et que j’entends dire également des hommes d’autrefois. Je remarque que, lorsque la cité met en cause un de ses hommes d’État préjugé coupable, ils s’indignent et se plaignent de l’affreux traitement qu’ils subissent. Ils ont rendu mille services à l’État, s’écrient-ils, et l’État les perd injustement. Mais c’est un pur mensonge ; car jamais un chef d’État ne peut être opprimé injustement par la cité même à laquelle il préside. Il semble bien qu’il faut mettre ceux qui se donnent pour des hommes d’État sur la même ligne que les sophistes. Les sophistes, gens sages en tout le reste, se conduisent d’une manière absurde en ceci. Ils se donnent pour professeurs de vertu et souvent ils accusent leurs disciples d’être injustes envers eux, en les privant de leur salaire et ne leur témoignant pas toute la reconnaissance due à leurs bienfaits. Or y a-t-il rien de plus inconséquent qu’un tel discours ? Des hommes devenus bons et justes par les soins d’un maître qui leur a ôté l’injustice et les a mis en possession de la justice pourraient lui faire tort avec ce qu’ils n’ont plus ! Ne trouves-tu pas cela absurde, camarade ? Tu m’as réduit, Calliclès, à faire une véritable harangue en refusant de me répondre.
Un peu de Platon pour élever le débat et faire réfléchir les électeurs… Petit extrait de Gorgias où Socrate discute de la rhétorique et de ses mérites avec le grand orateur Gorgias.
SOCRATE […] Y a-t-il quelque chose que tu appelles savoir ?
GORGIAS Oui.
SOCRATE Et quelque chose que tu appelles croire ?
GORGIAS Certainement.
SOCRATE Te semble-t-il que savoir et croire, la science et la croyance, soient choses identiques et différentes ?
GORGIAS Pour moi, Socrate, je les tiens pour différentes.
SOCRATE Tu as raison, et je vais t’en donner la preuve. Si l’on te demandait : « Y a-t-il, Gorgias, une croyance fausse et une vraie ? » tu dirais oui, je suppose.
GORGIAS Oui.
SOCRATE Mais y a-t-il de même une science fausse et une vraie ?
GORGIAS Pas du tout.
SOCRATE Il est donc évident que savoir et croire ne sont pas la même chose.
GORGIAS C’est juste.
SOCRATE Cependant ceux qui croient sont persuadés aussi bien que ceux qui savent.
GORGIAS
C’est vrai.
SOCRATE Alors veux-tu que nous admettions deux sortes de persuasion, l’une qui produit la croyance sans la science, et l’autre qui produit la science ?
GORGIAS Parfaitement.
SOCRATE De ces deux persuasions, quelle est celle que la rhétorique opère dans les tribunaux et les autres assemblées relativement au juste et à l’injuste ? Est-ce celle d’où naît la croyance sans la science ou celle qui engendre la science ?
GORGIAS Il est bien évident, Socrate, que c’est celle d’où naît la croyance.
SOCRATE La rhétorique est donc, à ce qu’il paraît, l’ouvrière de la persuasion qui fait croire, non de celle qui fait savoir relativement au juste et à l’injuste ?
GORGIAS Oui.
SOCRATE A ce compte, l’orateur n’est pas propre à instruire les tribunaux et les autres assemblées sur le juste et l’injuste, il ne peut leur donner que la croyance. Le fait est qu’il ne pourrait instruire en si peu de temps une foule si nom-breuse sur de si grands sujets.
GORGIAS Assurément non.
SOCRATE Allons maintenant, examinons la portée de nos opinions sur la rhétorique, car, pour moi, je n’arrive pas encore à préciser ce que j’en pense. Lorsque la cité convoque une assemblée pour choisir des médecins, des constructeurs de navires ou quelque autre espèce d’artisans, ce n’est pas, n’est-ce pas, l’homme habile à parler que l’on consultera ; car il est clair que, dans chacun de ces choix, c’est l’homme de métier le plus habile qu’il faut prendre. Ce n’est pas lui non plus que l’on consultera, s’il s’agit de construire des remparts ou d’installer des ports ou des arsenaux, mais bien les architectes. De même encore, quand on délibérera sur le choix des généraux, l’ordre de bataille d’une armée, l’enlèvement d’une place forte, c’est aux experts dans l’art militaire qu’on demandera conseil, et non aux experts dans la parole. Qu’en penses-tu, Gorgias ? Puisque tu déclares que tu es toi-même orateur et que tu es capable de former des orateurs, il est juste que tu nous renseignes sur ce qui concerne ton art. Sois persuadé qu’en ce moment moi-même je défends tes intérêts. Peut-être en effet y a-t-il ici, parmi les assis-tants, des gens qui désirent devenir tes disciples. Je devine qu’il y en a, et même beaucoup, mais qui peut--être n’osent pas t’interroger. Figure-toi donc, lorsque je te questionne, qu’ils te posent la même question que moi : « Que gagnerons-nous, Gorgias, si nous suivons tes leçons ? Sur quelles affaires serons-nous capables de conseiller la cité ? Sera-ce uniquement sur le juste et l’injuste ou aussi sur les sujets mentionnés tout à l’heure par Socrate ? » Essaye donc de leur répondre.
GORGIAS Oui, Socrate, je vais essayer de te dévoiler clairement la puissance de la rhétorique dans toute son ampleur ; car tu m’as toi-même fort bien montré la voie. Tu sais, je pense, que ces arsenaux et ces remparts d’Athènes et l’organisation de ses ports sont dus en partie aux conseils de Thémistocle, en partie à ceux de Périclès, et non à ceux des hommes de métier.
SOCRATE C’est ce qu’on dit de Thémistocle, Gorgias. Quant à Périclès, je l’ai entendu moi-même, quand il nous conseilla la construction du mur intérieur .
GORGIAS Et quand il s’agit de faire un de ces choix dont tu parlais tout à l’heure, Socrate, tu vois que les orateurs sont ceux qui donnent leur avis en ces matières et qui font triompher leurs opinions.
SOCRATE C’est aussi ce qui m’étonne, Gorgias, et c’est pourquoi je te demande depuis longtemps quelle est cette puissance de la rhétorique. Elle me paraît en effet merveilleusement grande, à l’envisager de ce point de vue.
GORGIAS Que dirais-tu, si tu savais tout, si tu savais qu’elle embrasse pour ainsi dire en elle-même toutes les puis-sances. Je vais t’en donner une preuve frappante. J’ai souvent accompagné mon frère et d’autres médecins chez quelqu’un de leurs malades qui refusait de boire une potion ou de se laisser amputer ou cautériser par le médecin. Or tandis que celui-ci n’arrivait pas à les persuader, je l’ai fait, moi, sans autre art que la rhétorique. Qu’un orateur et un médecin se rendent dans la ville que tu voudras, s’il faut discuter dans l’assemblée du peuple ou dans quelque autre réunion pour décider lequel des deux doit être élu comme médecin, j’affirme que le médecin ne comptera pour rien et que l’orateur sera préféré, s’il le veut. Et quel que soit l’artisan avec lequel il sera en concurrence, l’orateur se fera choisir préféra-blement à tout autre ; car il n’est pas de sujet sur lequel l’homme habile à parler ne parle devant la foule d’une manière plus persuasive que n’importe quel artisan. Telle est la puissance et la nature de la rhétorique. Toutefois, Socrate, il faut user de la rhétorique comme de tous les autres arts de combat. Ceux-ci en effet ne doivent pas s’employer contre tout le monde indifférem-ment, et parce qu’on a appris le pugilat, le pancrace, l’escrime avec des armes véritables, de manière à s’as-surer la supériorité sur ses amis et ses ennemis, ce n’est pas une raison pour battre ses amis, les transpercer et les tuer. Ce n’est pas une raison non plus, par Zeus, parce qu’un homme qui a fréquenté la palestre et qui est devenu robuste et habile à boxer aura ensuite frappé son père et sa mère ou tout autre parent ou ami, ce n’est pas, dis-je, une raison pour prendre en aversion et chasser de la cité les pédotribes et ceux qui montrent à combattre avec des armes : car si ces maîtres ont transmis leur art à leurs élèves, c’est pour en user avec justice contre les ennemis et les malfaiteurs, c’est pour se défendre, et non pour attaquer. Mais il arrive que les élèves, prenant le contrepied, se servent de leur force et de leur art contre la justice. Ce ne sont donc pas les maîtres qui sont méchants et ce n’est point l’art non plus qui est responsable de ces écarts et qui est méchant, c’est, à mon avis, ceux qui en abusent. On doit porter le même jugement de la rhétorique. Sans doute l’orateur est capable de parler contre tous et sur toute chose de manière à persuader la foule mieux que personne, sur presque tous les sujets qu’il veut ; mais il n’est pas plus autorisé pour cela à dépouiller de leur répu-tation les médecins ni les autres artisans, sous prétexte qu’il pourrait le faire ; au contraire, on doit user de la rhétorique avec justice comme de tout autre genre de combat. Mais si quelqu’un qui s’est formé à l’art oratoire, abuse ensuite de sa puissance et de son art pour faire le mal, ce n’est pas le maître, à mon avis, qu’il faut haïr et chasser des villes ; car c’est en vue d’un bon usage qu’il a transmis son savoir à son élève, mais celui-ci en fait un usage tout opposé. C’est donc celui qui en use mal qui mérite la réprobation, l’exil et la mort, mais non le maître.
SOCRATE J’imagine, Gorgias, que tu as, comme moi, assisté à bien des discussions et que tu y as remarqué une chose, c’est que les interlocuteurs ont bien de la peine à définir entre eux le sujet qu’ils entreprennent de discuter et à terminer l’entretien après s’être instruits et avoir instruit les autres. Sont-ils en désaccord sur un point et l’un prétend-il que l’autre parle avec peu de justesse ou de clarté, ils se fâchent et s’imaginent que c’est par envie qu’on les contredit et qu’on leur cherche chicane, au lieu de chercher la solution du problème a débattre. Quelques-uns même se séparent à la fin comme des goujats, après s’être chargés d’injures et avoir échangé des propos tels que les assistants s’en veulent à eux-mêmes d’avoir eu l’idée d’assister à de pareilles disputes. Pourquoi dis-je ces choses ? C’est qu’en ce moment tu me parais exprimer des idées qui ne concordent pas tout à fait et ne sont pas en harmonie avec ce que tu as dit d’abord de la rhétorique. Aussi j’hésite à te réfuter : j’ai peur que tu ne te mettes en tête que, si je parle, ce n’est pas pour éclaircir le sujet, mais pour te chercher chicane à toi-même. Si donc tu es un homme de ma sorte, je t’interrogerai volontiers ; sinon, je m’en tiendrai là. De quelle sorte suis-je donc ? Je suis de ceux qui ont plaisir à être réfutés, s’ils disent quelque chose de faux, et qui ont plaisir aussi à réfuter les autres, quand ils avancent quelque chose d’inexact, mais qui n’aiment pas moins à être réfutés qu’à réfuter. Je tiens en effet qu’il y a plus à gagner à être réfuté, parce qu’il est bien plus avantageux d’être soi-même délivré du plus grand des maux que d’en délivrer autrui ; car, à mon avis, il n’y a pour l’homme rien de si funeste que d’avoir une opinion fausse sur le sujet qui nous occupe aujourd’hui. Si donc tu m’affirmes être dans les mêmes dispositions que moi, causons ; si au contraire tu es d’avis qu’il faut en rester là, restons-y et finissons la discussion.
GORGIAS Mais moi aussi, Socrate, je me flatte d’être de ceux dont tu as tracé le portrait. […]
SOCRATE Écoute donc, Gorgias, ce qui me surprend dans tes discours. Peut-être avais-tu raison et t’ai-je mal compris. Tu es capable, dis-tu, de former un orateur, si l’on veut suivre tes leçons ?
GORGIAS Oui.
SOCRATE Et de le rendre propre, quel que soit le sujet, à gagner la foule, non en l’instruisant, mais en la persuadant
GORGIAS Parfaitement.
SOCRATE Tu disais tout à l’heure que, même en ce qui regarde la santé, l’orateur est plus habile à persuader que te médecin.
GORGIAS Oui, au moins devant la foule.
SOCRATE Devant la foule, c’est-à-dire devant ceux qui ne savent pas ; car, devant ceux qui savent, l’orateur sera certainement moins persuasif que le médecin.
GORGIAS C’est vrai.
SOCRATE Si donc il doit être plus propre à persuader que le médecin, il sera plus persuasif que celui qui sait ?
GORGIAS Certainement.
SOCRATE Quoiqu’il ne soit pas médecin, n’est-ce pas ?
GORGIAS Oui.
SOCRATE Mais celui qui n’est pas médecin est sans doute ignorant dans les choses où le médecin est savant.
GORGIAS C’est évident.
SOCRATE Ainsi l’ignorant parlant devant des ignorants sera plus propre à persuader que le savant, si l’orateur est plus propre à persuader que le médecin. N’est-ce pas ce qui résulte de là, ou vois-tu une autre conséquence ?
GORGIAS La conséquence est forcée, en ce cas du moins.
SOCRATE Et si l’on considère tous les autres arts, l’orateur et la rhétorique n’ont-ils pas le même avantage ? La rhétorique n’a nullement besoin de connaître les choses en elles--mêmes, de manière à paraître aux yeux des ignorants plus savants que ceux qui savent.
GORGIAS N’est-ce pas une chose bien commode, Socrate, que de pouvoir, sans avoir appris d’autre art que celui-là, égaler tous les spécialistes ?
Voilà peut-être de quoi faire réfléchir en ces temps d'élections où la rhétorique essaie de s'attirer nos suffrages…
De pire en pire ! Après l'appel de la Ligue des Droits de l'Homme à voter Ségolène (il y a pourtant plus politisé comme association, ça devrait faire réfléchir), une autre petite nouvelle bien révélatrice du monarchisme d'Iznogoud.
Ce petit article illustre bien quelques travers que l'on peut craindre s'il parvient au sommet de l'état. Citons au hasard le manque d'auto-dérision, la condescendance, une tendance à confondre ses différentes casquettes et à utiliser le papier à en-tête de son ministère pour sa campagne électorale, sa manière de passer par le haut de la hiérarchie quand les gens lui résistent, son manque de discernement en politique et son goût de la séduction.
Le deuxième tour des élections approche à grands pas. J'espère que la raison triomphera et que Nicolas ne sera pas porté aux responsabilités suprêmes… Petite rétrospective de ses meilleurs moments et quelques bonnes raisons de ne faut pas voter pour lui.