X
Identifiant Mot de passe
  Admin Blog Accueil Blog Créér un blog Mail Actualités ToutApprendre Soutien Scolaire Shopping Mag des Voyages Recherche Web
OK
Ganymède
vendredi 27 octobre 2006, a 17:34
Fanatisme
 

Pour continuer dans les mêmes matières, j'ai récemment revu deux films très intéressants sur les riches heures du nazisme, La Chute, qui relate les derniers instants de la vie de Hitler, et Amen, qui évoque le silence de l'Église face à la solution finale.

Il me semble que c'est un point commun entre tous les fanatismes, et qu'on n'évoque pas souvent, que le nécessaire goût de la destruction. La pression, la violence, le culte de la personnalité, l'endoctrinement, la propagande, on connaît bien tout cela. Mais ce besoin de faire table rase, ce besoin de révolution (au mauvais sens du terme, mais qui d'ailleurs regroupe aussi les moments noirs de l'histoire de la Révolution française) me semblent caractéristiques de tous les systèmes de pensée dangereux.

Pourquoi ne pourrait-on construire un avenir neuf sans ruiner de fond en comble ce qui existe ? Quelle société pourrait ainsi s'affranchir de sa mémoire sans retomber dans une dangereuse jeunesse ? Je veux dire que quand un dictateur prétend vouloir refondre un monde nouveau sur le champ de ruines du passé, il court le risque de briser pêle-mêle le bon et le mauvais. Ce que la sagesse, ce que l'art ont pu conquérir de haute lutte en morale et en beauté est menacé par cette conception du monde. Les générations font leur apprentissage lentement, péniblement, et n'ont que trop de peine à conserver le peu de sagesse accumulée de l'une à l'autre. On ne le voit que trop bien : chaque nouvelle génération est prête à emboîter le pas à ses aînés, à refaire les mêmes erreurs. Et il faudrait en plus effacer le peu de traces qu'il reste de l'expérience passée ? Cela pourrait être salutaire ?

C'est alors que les Allemands auraient dû comprendre le piège du nazisme : quand Hitler leur promettait monts et merveilles, ils pouvaient y croire. Quand il brandissait la menace communiste, même le fléau juif, on peut admettre qu'ils aient aquiescé, manipulés par le besoin de trouver des responsables. Mais quand il leur disait qu'il faut être brutal, qu'il faut abolir ce qui existe pour créer un monde neuf, ils auraient peut-être dû sentir venir le faix de la destruction aveugle. La perte de la mémoire a permis toutes les dérives, et de toute façon cela ne pouvait pas être une bonne chose, quand même le projet eût été sincère et motivé par de véritables idéaux. Détruire n'est jamais la solution. On le voit bien aussi avec l'exemple de la Chine : amener le communisme, l'égalité des chances, des ressources minimum pour tous, à condition que cela fût fait dans ce but et non pour installer de nouveaux puissants à la place des anciens, nécessitait-il qu'on détruise ce qui incarnait l'ancienne splendeur de la Chine impériale ? En quoi l'Opéra de Pékin - voir à ce propos le magnifique film de Chen Kaige Adieu ma concubine - faisait-il obstacle à la nouvelle répartition des biens ? Il faut que les dictateurs doutent bien de la valeur de ce qu'ils prétendent édifier pour être ainsi à l'affût de tout ce qui peut donner envie d'autre chose aux citoyens.

La conclusion de tout ça, c'est que la destruction doit toujours rester suspecte aux yeux de l'homme de discernement. On ne détruit que ce qui est dangereux, et, on le sait bien, il n'y a que la vérité qui blesse. Méfions-nous de tous ceux qui prétendent éradiquer le mal par le fer et le sang. Une goutte de sang innocent, à supposer que quiconque fût en mesure de déterminer lequel peut l'être, gâte un massacre soigneusement ourdi et change un effort de justice en barbarie.

< Retour
Commentaires
#1
Paul écrit le mercredi 01 novembre 2006, A 10:13
C'est peut-être tout simplement que beaucoup d'hommes n'attendent que cela : l'autorisation de tout détruire. Par contre ne confondons pas maoisme et communisme.

Pour ce qui est de la morale conquise par l'art je ne suis pas d'accord, l'art ou la culture n'ont jamais protégé quiconque de faire le mal comme le montre l'exemple de l'Allemagne nazie. Quant à tout détruire je peux comprendre qu'une personne survivant d'Auschwitz veuille faire table rase du passé.
#2
ganymède (l'Auteur !) écrit le mercredi 01 novembre 2006, A 14:17
L'art mène au beau, et le beau est un chemin par lequel le bon peut entrer dans l'âme humaine (cf Platon). En cela, une personne illuminée par le beau peut s'ouvrir à la contemplation et au respect. Mais on ne peut forcer personne à se laisser toucher par la contemplation, et je pense que l'homme est fondamentalement régressif — sauf attention particulière, il tend à se laisser aller vers la facilité, la médiocrité, parfois le mal. Aussi l'exemple nazi ne montre-t-il rien de cela, car personne ne peut affirmer que les gens de l'époque étaient particulièrement illuminés par la beauté — les statistiques n'existent pas sur ces sujets.
#3
ganymède (l'Auteur !) écrit le mercredi 01 novembre 2006, A 14:18
Par contre, si je peux comprendre le ressortissant des camps de la mort qui veut tout détruire, je ne l'approuve pas : tout détruire efface aussi la mémoire des souffrances infligées et fait un dangereux amalgame entre responsabilité personnelle des bourreaux et ces vagues idées que sont la société en général ou la culture comme expliquant les événements, ce qui me semble particulièrement dangereux et malsain. Ce n'est pas le monde qui a produit l'holocauste, mais les gens qui le peuplent, chacun à sa manière avec ses responsabilités et son innocence. Là encore, l'individualité me semble le seul moyen de comprendre le phénomène, qui d'ailleurs n'a pas été "collectif" : il est impossible de prouver que deux secrétaires signant un acte de déportation l'ont fait du même coeur, avec les mêmes idées, les mêmes doutes. Abandonnons le modèle global et posons la question de manière individuelle.
Signature pour votre commentaire

Adresse e-mail (facultatif):

M'avertir d'un nouveau commentaire de cet article
code de vérification (ci-dessous)



Présentation
Ganymède, le divin échanson cueilli par Zeus tandis qu'il paissait ses troupeaux sur les pentes de l'Ida de Troade. Il devait lui verser le nectar en place d'Hébé, la déesse de la jeunesse, et cela convient bien à notre temps — le monde est-il si vieux ? L'auteur empruntera donc sa signature pour ces lignes intermittentes sur la vie et l'esprit. En toutes solitude et liberté.

Envoyer un mail à l'auteur
publicité
commentaire(s)
La chute Paul (14/11/2009 10:44)

Et on ne parle pas d...

La vague Paul (29/03/2009 08:40)

Je précise tout de s...

Les Amandiers Ganymède (l'auteur !) (08/02/2009 19:58)

Oui, le même Nietzsc...

Les Amandiers Paul (08/02/2009 16:07)

Le Nietzsche qui dis...

Mes quatre premiers écus Plop (16/11/2008 23:24)

Mais vous allez le l...

Newsletter

Pour vous inscrire à la newsletter de ce blog renseignez votre adresse mail :


mes catégories
politique (25)
Sarkozy (14)
élection (12)
culture (8)
musique (8)
cinéma (8)
environnement (7)
écologie (7)
arbre (5)
télévision (4)
art (4)
noel (3)
cadeau (3)
société (3)
boutique (3)
nucléaire (3)
gay (3)
bonsai (2)
justice (2)
livre (2)
Articles précédents
Liste des articles
calendrier
«octobre 2006»
LunMarMerJeuVenSamDim
01
02 03 04 05 06 07 08
09 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31
archives
2009-11 (1)
2009-03 (1)
2009-02 (3)
2008-03 (1)
2008-02 (2)
2008-01 (4)
2007-11 (1)
2007-08 (1)
2007-07 (6)
2007-05 (8)
2007-04 (9)
2007-03 (1)
2007-01 (10)
2006-12 (1)
2006-11 (3)
2006-10 (9)
2006-09 (15)
thèmes
fanatisme
cinéma
destruction
D'autres blogs sur monGenie
0N SE FAIT LA VIE PLUS BELLE -
PAULE et MICK
SOLIBLOG
QUESTIONS POSEES
Le brick à vrac
Best Of
Le grand jour !
Visites depuis

Le début du mois : 196

Le mois dernier : 198

L'ouverture du blog : 56055


** ** © Learnorama 2006 - conditions générales - développé par Learnorama et Kernix - Contact - Nouveautés blog