 Ceux qui ont regardé le film diffusé à la télévision par le service public sur Jacques Chirac auront pu apprécier cette approche lumineuse de la politique. Je nourrissais déjà peu d'illusions sur les hommes politiques français et autres, je les devinais aspirant au pouvoir et à la réussite plus qu'à la mise en oeuvre de leurs idées. Mais j'ai été bluffé par la désarmante franchise avec laquelle les personnalités interrogées laissaient voir de la manière la plus naturelle du monde comment se construit une campagne.
La surprise est modeste de découvrir que les hommes politiques se livrent souvent à des campagnes de démolition (et d'après le documentaire, Chirac plus qu'aucun autre a joyeusement tiré dans les pattes de ses concurrents), mais il est confondant de constater à quel point la vacuité des programmes électoraux ne dérange personne. On voit ainsi les collaborateurs de Chirac, Séguin ou Pasqua par exemple, exprimer comme une évidence que, quand un candidat propose une idée pour sa campagne, ses adversaires en trouvent une autre pour rivaliser. En d'autres termes, un homme politique n'est pas pour ou contre tel ou tel principe : mais si un candidat a proposé une réforme, ses adversaires en inventent une autre pour gagner des voix. Par exemple, si je m'appelle Jean-Marie Le Pen et que je prône l'immigration zéro, mes adversaires vont devenir du jour au lendemain les défenseurs de l'immigration. C'est ainsi que Chirac (mais il n'est pas le seul) s'est retrouvé tantôt farouche anti-européen, tantôt porte-parole de la constitution commune. Il semble en aller de même de tous les hommes politiques et de tous les sujets : consternant. Le plus consternant est que les témoins interrogés n'éprouvent pas la moindre gêne à s'exprimer là-dessus, comme s'ils n'étaient pas même conscients que la vitrine politique perd un peu de son clinquant aux yeux des crédules citoyens. Je ne me l'explique pas. Qui peut continuer à leur accorder sa confiance ?
On apprend aussi d'autres choses plus amusantes, comme ce que disait le Président de la République en 1995 sur Sarkozy : il faudrait ainsi lui marcher dessus, et du pied gauche, car cela porte bonheur… Et deux minutes plus tard, le même Sarkozy parle très respectueusement de M. Chirac qu'il ne pouvait pas suivre dans sa campagne contre Balladur… Magnifique ! Et de tirer la morale de tout ça : la France ne se donne qu'à celui qui la désire le plus. Inutile de préciser qui devrait ainsi la récupérer aux prochaines élections… |