Ce cher Nicolas Sarkozy mène une campagne bruyante (et brillante aux yeux de
bon nombre de Français), mais tout ce qui brille n'est pas or. En ce qui
me concerne, il n'a jamais eu ma sympathie, et son côté agitateur
m'agace assez terriblement. Je ne veux pas faire ici du prosélytisme et
je me contenterai d'évoquer deux ou trois choses qui m'ont quand même
assez étonné dans cette campagne.
1° Sur le fond, je m'explique mal comment le président de l'UMP peut
tourner tous ses discours au futur ou au conditionnel, alors qu'il est
actuellement en exercice au sein d'un des ministères les plus influents du gouvernement. Quand Le Pen ou Besancenot disent qu'ils
veulent faire ceci ou cela, ils ont au moins à leur actif qu'ils n'ont
jamais été en mesure de le faire. Nicolas et son parti sont au pouvoir,
alors pourquoi est-ce que nous ne voyons pas déjà toutes les merveilles
qu'ils nous promettent pour le prochain mandat ?
2° Les médias. Alors là, force est de reconnaître qu'il est très fort.
Il fait du bruit, ses déclarations sont toujours coup de poing et
relayées par ses amis les médias avec, selon certaines mauvaises langues, une approbation
particulière. On peut remarquer que Duhamel s'est fait éjecter pour
avoir révélé à qui irait sa voix, mais les
grands amis personnels de Sarkozy, qui se trouvent par le plus grand des hasards diriger les principaux médias français n'ont pas de pareils complexes… Au-delà du doute, la
campagne de l'UMP, centrée sur l'énergie de Sarkozy, occulte parfois un
peu le contenu. "Bayrou n'a pas de programme", nous dit-on, et
"Ségolène n'a pas de conviction, elle veut faire comme veulent les
Français." Mais Sarkozy, oui, il a des idées, un
programme…
3° Alors on peut se livrer à un petit exercice comparatif : les sites web. Les 100 propositions du PS sont disponibles en ligne, avec bien sûr ce côté participatif qui irrite tant de monde. Les propositions de Bayrou
sont également sur son site, peut-être pas toujours concrètes, mais
enfin elles existent. Qu'en est-il du petit Nicolas, qui nous assène
par médias interposés que les autres candidats n'ont pas de programme
et que lui seul sait où il veut mener la France ? Un petit tour sur son site et plus exactement sur la rubrique "ce que je vous propose"
est très instructif : un abject pdf d'une page à télécharger pour dire
qu'il est le meilleur, et pas une mesure concrète. Pour les photos, les
bannières à l'américaine et le culte de la personnalité, pas de
problème, tout y est, c'est hagiographique à souhait, on se croirait
sur TF1. Mais pour les idées, on cherche, on cherche… Si quelqu'un
déniche où le petit Nicolas les a cachées sur son site, merci de
laisser un message. Ah si, en fait, dans la colonne de droite, elles y
sont, les mesures : la phrase qui revient le plus est "je veux
être le président"… Tout un programme.
A la relecture de son programme d'une page, je me demande si n'affleure
pas un semblant d'idéologie. Peut-être pas si vide que ça, en fait. Je
cite :
" C'est pour cela, à cause de cela, par cela que je me suis engagé
dès mon plus jeune âge […] dans la conquête de ce que l'on appelle de
façon vague le pouvoir."
Là, on ne peut pas être plus sincère. Le pouvoir, le mot est lâché. On
voit que les motivations du monsieur sont vraiment liées au bien de se
concitoyens et pas à l'ambition personnelle.
"La politique n'a pour moi aucun sens si elle ne se fixe pas pour but de donner un espoir à des millions de gens."
Mais comment peut-on prononcer des phrases aussi démago ? Donner de
l'espoir, dire aux gens "vous allez voir, avec moi ça va s'arranger",
c'est ça un projet ? C'est ça la rupture tranquille ? Et encore je
n'entre pas dans une réflexion plus poussée sur l'espoir tel que le
décrit mon cher Albert Camus, comme dernier fléau de la boîte de
Pandore. La lucidité n'a que faire de l'espoir.
La suite du programme est un bla-bla insipide et convenu. Je m'énerve
tout seul à lire ça sur mon écran ! Être si habile à galvaniser les
foules, et n'avoir rien à dire, rien à proposer ! Quelle misère… Et le pire c'est qu'il sera peut-être élu, parce qu'il brasse plus d'air que les autres. Vive la démocratie.
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