Le candidat de l'UMP aurait dû s'appeler Eugène, le "bien-né", un prénom qui lui serait allé comme une couche culotte si l'on se réfère à son goût pour l'inné. Après le dépistage de la délinquance innée chez les enfants de 3 ans qu'il voulait nous présenter comme un merveilleux moyen d'endiguer la criminalité, le seul spectateur de Minority report à avoir compris la morale du film comme un playdoyer pour la prévention in utero nous sert aujourd'hui le dépistage de la pédophilie et du suicide... En même temps il sait de quoi il parle, lui qui à 8 ans avait déjà des vues sur l'Elysée ; la prédétermination n'a pas de secrets pour lui.
Du coup, chacun y va de ses réactions, Bayrou, Royal, même l'Eglise. A votre serviteur d'apporter sa petite pierre à l'édifice.
Commençons par rappeler que c'est un problème complexe. Difficile d'abord de mesurer le degré d'implication du facteur génétique dans des tendances telles que l'homosexualité, exemple peut-être plus parlant car étudié pendant longtemps et avec des conséquences historiques.
C'est avec la psychanalyse que des auteurs parfois bien intentionnés et le cas échéant homosexuels eux-mêmes ont émis l'hypothèse d'une tendance innée qui par conséquent ne pouvait pas être reprochée au "malade". Les nazis se sont appuyés sur cette déresponsabilisation pour différencier les homosexuels malades involontaires des dépravés volontaires, qui n'avaient pas le prétendu morphotype homosexuel mais se livraient par pure perversité à cette sorte d'amours. Par la suite, comme ils n'en étaient pas à un peu d'eugénisme près, les nazis ont condamné et exécuté pareillement les deux, les "malades" et les dépravés.
La tendance moderne serait plutôt de rechigner à la question même, beaucoup d'homosexuels engagés jugeant ségrégationniste de s'interroger sur une différence qu'ils voudraient nier. Mais la société est encore loin d'une parfaite indifférence à ces thèmes et peine à ne pas distinguer les orientations sexuelles des citoyens, peut-être à juste titre d'ailleurs ; le débat en tout cas est loin d'être enterré sur ces thèmes.
Concernant la pédophilie, le problème est encore autre. Car si le discours officiel moderne se veut tolérant sur l'homosexualité, il ne l'est pas pour la pédophilie. Réajustons cependant un tout petit peu la problématique : la loi interdit les ACTES de pédophilie et non la TENDANCE. Chacun a encore le droit d'avoir les goûts et les fantasmes de son choix (ouf !). Mais comme la pédophilie porte atteinte à un individu mineur en l'exposant à un certain nombre de traumatismes et de souffrances, le passage à l'acte est interdit et assimilé à une agression sexuelle.
Quand le candidat de l'UMP en campagne, dont on sait le goût pour les politiques musclées, accorde son crédit à la thèse que l'on "naît pédophile", on peut se demander s'il prévoit d'être d'autant plus indulgent ou au contraire plus intransigeant, avec la subtile prévention qu'on lui connaît. Mais il devra se rappeler que dans un état de droit, on ne peut condamner les actes qu'une fois qu'ils sont commis, car jusqu'au dernier instant un crime même prémédité peut être abandonné. Il y a des homosexuels refoulé qui n'ont jamais touché une personne du même sexe, il y a des pédophiles qui n'ont jamais agressé un enfant. Prudence donc !
Le problème du suicide est également très complexe. Affirmer que c'est un acte génétique, c'est un peu gonflé, car la recherche tâtonne encore dans ce domaine, et d'un point de vue philosophique c'est assez dangereux. M. Sarkozy semble ignorer que les gens peuvent faire des choix, qu'on peut être fils de voleur dans une cité infestée par la délinquance et avoir son Bac, et aussi grandir dans le 16e arrondissement de Paris et finir dans la mafia. Bien sûr, il y a aussi des gens qui à 20 ans sont dans les jambes de Chirac ou Balladur, qui ont un frère au Medef et des amis dans les médias, et qui finissent malgré des compétences discutables et une idéologie nauséabonde propulsés au Ministère de l'Intérieur, voire aux plus extrêmes faîtes du pouvoir, mais les changements de parcours existent aussi.
Bref, le libre-arbitre reste à mon sens une notion sacrée à laquelle il ne faut pas toucher. Si le but de ces petites paroles d'un homme politique qui affirme "ne pas vouloir polémiquer" est de préparer le terrain à une éventuelle prévention des actes pédophiles sous prétexte d'un dépistage ou de Dieu sait quelle mesure bidon, M. Sarkozy fait preuve d'une grande inconséquence et d'un mépris souverain de la liberté individuelle et philosophique de l'homme. Et s'il ne s'agit que d'une petite méditation personnelle dont nous fait part le dernier gourou de la société française, alors que ses fidèles aillent brûler un cierge à ce si charitable et chrétien homme politique que l'Eglise si progressiste de Benoît XVI a pourtant réprimandé. |