 Camus toujours :
"Je ne crois pas assez à la raison pour souscrire au progrès, ni à
aucune philosophie de l'Histoire. (…) Nous avons à résoudre ce qui est
déchiré, à rendre la justice imaginable dans un monde si évidemment
injuste, le bonheur significatif pour des peuples empoisonnés par le
malheur du siècle. (…) Sachons donc ce que nous voulons, restons fermes
sur l'esprit, même si la force prend pour nous séduire le visage d'une
idée ou du confort. (…) Nous ne gagnerons pas notre bonheur avec des
symboles. (…) Ce monde est empoisonné de malheurs et semble s'y
complaire. Il est tout entier livré à ce mal que Nietzsche appelait
l'esprit de lourdeur. N'y prêtons pas la main. Il est vain de pleurer
sur l'esprit, il suffit de travailler pour lui.
Mais où sont les vertus conquérantes de l'esprit ? Le même Nietzsche
les a énumérées comme les ennemis mortels de l'esprit de lourdeur. Pour
lui, ce sont la force de caractère, le goût, le "monde", le bonheur
classique, la dure fierté, la froide frugalité du sage. Ces vertus,
plus que jamais, sont nécessaires et chacun peut choisir celle qui lui
convient. Devant l'énormité de la partie engagée, qu'on n'oublie pas en
tout cas la force de caractère. Je ne parle pas de celle qui
s'accompagne sur les estrades électorales de froncements de sourcils et
de menaces."
À méditer en ces temps de politique bruyante et au sens parfois douteux.
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