 Je cite ci-dessous un article trouvé sur le net, en rapport avec le sujet précédent, que l'on peut trouver sur le Site Hector Berlioz :
Jacques Barzun écrivait il y a un demi-siècle: "S’il existe une volonté réelle d’honorer la mémoire de Berlioz autrement qu’en jouant sa musique, il se trouve à Paris un vaste monument sur le fronton duquel on lit l’inscription Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. Transférez au Panthéon les restes de Berlioz pour qu’il y prenne place parmi ses pairs" (Berlioz and the Romantic Century, tome 2, 1950, pages 325-326). L’idée avait été présentée en 1968 au Président de Gaulle par André Malraux sur la suggestion du député Jean Boyer (créateur et président de l’actuel Festival Berlioz à La Côte Saint André), et le Président l’avait acceptée. Mais la démission de de Gaulle en 1969 mit fin à ce projet pour de nombreuses années. En 2000 en prévision du bicentenaire en 2003 le projet fut relancé, et le Président Chirac y donna son accord. Le voeu de Jacques Barzun semblait donc en voie d’être réalisé: les restes de Berlioz devaient être transférés au Panthéon le 21 juin 2003, et l’Orchestre de Paris allait jouer à cette occasion la Symphonie funèbre et triomphale dans les rues de Paris. Mais ce projet a maintenant été ajourné sine die.
L'idée de transférer les restes de Berlioz au Panthéon me semble tout à fait révélatrice d'une certaine officialité de son art, d'une aspiration à la reconnaissance et d'un fort sentiment patriotique chez certains de ses admirateurs. Les obsèques nationales, les honneurs de la Patrie sont assurément des faveurs auxquelles il n'eût pas été insensible, et du reste ces valeurs sont très présentes dans Les Troyens, à tel point qu'en voyant l'opéra je me suis demandé si un metteur en scène pourrait se livrer à ce petit jeu dont ils raffolent en général : questionner le livret et en proposer une lecture personnelle, une thèse sur les personnages ou le message de l'oeuvre. J'avoue n'avoir pas trouvé. L'opéra me semble ne parler de rien d'autre (ou presque) que du destin de Didon, certes bien triste, du départ d'Énée, certes inévitable, encore que bien mis de côté tout le temps que ça l'arrangeait, ou encore du destin de Troie brisée de l'intérieur. Mais mon goût y est frustré de non-dit, d'ambiguïtés, d'interstices où l'on peut essayer d'imaginer les idées du compositeur, regarder un miroir de notre monde actuel. Il pourrait bien y avoir un semblant de réflexion sur la guerre, mais la victoire y est valorisée avec un tel enthousiasme qu'il est difficile d'en trouver des résonances dans notre monde contemporain. Tout au plus pourrait-on se dire : gardons-nous d'imiter l'exemple donné par les Carthaginois et visiblement cautionné par Berlioz. Je n'entends dans cet opéra qu'un premier degré désespérant. Pas mon univers, décidément. Et si je devais faire choix d'une sépulture ambitieuse, je préférerais celle du poète Brassens :
Pauvres rois pharaons, pauvre Napoléon,
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon,
Pauvres cendres de conséquence,
Vous envierez un peu l'éternel estivant,
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,
Qui passe sa mort en vacances. |