 Le nouvel album de Sting, baptisé Songs from the Labyrinth, vient de sortir dans les bacs. Il rejoint ainsi l'écurie Deutsche Grammophon, et d'aussi prestigieux poulains que Karajan ou Fischer-Dieskau. Il faut hurler au génie, et la presse comme les amateurs ont encensé l'idée tant que la réalisation. On nous parle de fraîcheur, de l'honnêteté qu'il y a à ne pas vouloir imiter les chanteurs d'opéra, mille autres choses sur l'adéquation de ce répertoire avec un chanteur mélancolique qui y est plus impliqué et plus adapté… Pourquoi pas ?
Sauf que… Si des chanteurs comme Pavarotti ont la mauvaise idée de se lancer dans ce répertoire, il y a un problème, qui ne suffit pas à mon avis à justifier que Sting revendique la position d'interprète idéal ! Musique pas technique, qui ne demande que de l'investissement, ça se discute… Quant aux déclarations du chanteur selon lequel Dowland serait la pop music de l'époque, il faudrait voir… La culture de masse du XVIe siècle n'est pas celle du rock, et l'éducation vocale d'un jeune homme en Angleterre a peut-être quelque peu évolué… Et puis le public de Dowland, quelque succès qu'il ait eu, a peu en commun avec le public pop de Sting. Mais quand le chanteur affirme ne pas aimer les cross-over, on est carrément sceptique. Car c'est quand même un peu ce qu'on nous offre…
DG (pardon, Universal) donne dans le commercial, comme c'est surprenant. Car le CD aurait pu sortir chez Alpha - et non chez ce label qui à ma connaissance n'a jamais consacré un enregistrement au compositeur dans son catalogue - dans un rayon classique sous le nom Dowland, interprété par Gordon Summer, et l'interprète idéal aurait eu un gentil Diapason d'Or. Mais voilà, c'est le nouvel album de Sting, vendu à grand renfort de publicité et d'un parfum de polémique délicieusement rentable… De là à douter de l'honnêteté de l'artiste, il n'y a qu'un pas, que nous ne franchirons pas. Quant à son talent et l'adéquation de son univers à la mélancolie élizabéthaine, n'ayant pas le disque, je ne donnerai pas d'avis. Je me contenterai de dire que s'il n'existe pas mieux parmi l'actuelle génération de chanteurs de musique ancienne, c'est grave, et la récession depuis les débuts des baroqueux est assez effrayante ; et s'il n'y a pas d'autre moyen de faire connaître et aimer Dowland que de le proclamer pop star, c'est que l'état d'inculture et de formatage de notre société est plus qu'avancé. |