 Quelques réflexions suite à ma visite des grands chantiers architecturaux du Führer à Nuremberg, et du très complet centre de documentation y afférent - en allemand, Dokumentationszentrum Reichsparteitagsgelände - dont l'exposition permanente dans les lieux de l'inachevée Kongresshalle est à la fois très instructive et édifiante. On y découvre une mine d'informations sur les journées du parti, leur organisation, leur perception par le public, leur cadre, ainsi que des modèles permettant d'imaginer ce qu'aurait été le quartier si les projets avaient été achevés. On l'aura deviné, le syndrome de la taille n'épargnait pas les architectes nazis, et plus le chantier était grand et mastoc, plus il plaisait. À croire que là encore tout est affaire de taille, et qu'on récolte plus de suffrages en promettant d'être le plus grand, le plus fort, le plus riche, que sais-je encore ? qu'à chercher à être le plus intelligent, le plus tolérant, le plus idéaliste, le plus esthète. J'ai entendu un jour à la radio un philosophe expliquer qu'il croyait à la nature régressive de l'homme, à la tendance de chacun à plutôt se laisser aller à la facilité et au recul que se contraindre à progresser et s'améliorer. Cette exposition m'y a fait penser, parce que le nazisme a montré qu'on inflige plus facilement un effort physique au nom d'une idéologie prémâchée et flatteuse, que l'on ne contraint quelqu'un à un effort intellectuel. Quqnd on y pense, cela fait peur, et il me semble que c'est là le véritable chantier pour l'humanité. La faiblesse idéologique de la campagne présidentielle en France me paraît tout à fait dans cette continuité : l'image, l'habileté à galvaniser la foule restent les seules valeurs efficaces en politique. Le monde n'a peut-être pas tant changé que cela... |