 Ganymède reprend du service après de longs mois de silence… En même
temps que votre serviteur s'attèle à l'écriture d'un nouveau livre.
Vous en saurez plus très bientôt !
À la recherche d'une citation pour introduire ledit ouvrage, je me suis
replongé dans Camus. Bouleversé par mes retrouvailles avec ces textes
éblouissants et d'une actualité assez incroyable, j'ai eu envie de
reprendre la plume avec quelques-unes de ces lignes merveilleuses et
dont la sagesse, plus que jamais, nous est nécessaire.
"Que signifie Prométhée pour l'homme d'aujourd'hui ? (…) L'homme
d'aujourd'hui est en effet celui qui souffre par masses prodigieuses
sur l'étroite surface de cette terre, l'homme privé de feu et de
nourriture pour qui la liberté n'est qu'un luxe qui peut attendre (…).
Prométhée, lui, est ce héros qui aima assez les hommes pour leur donner
en même temps le feu et la liberté, les techniques et les arts.
L'humanité, aujourd'hui, n'a besoin et ne se soucie que de techniques.
Elle se révolte dans ses machines, elle tient l'art et ce qu'il suppose
pour un obstacle et un signe de servitude. Ce qui caractérise
Prométhée, au contraire, c'est qu'il ne peut séparer la machine de
l'art. Il pense qu'on peut libérer en même temps les corps et les âmes.
L'homme actuel croit qu'il faut d'abord libérer le corps, même si
l'esprit doit mourir provisoirement. Mais l'esprit peut-il mourir
provisoirement ?"
Vaste question. Toujours est-il que les arts et l'esprit sont assez
loin de la préoccupation de notre société. Il n'y a guère que l'argent
qui compte, la consommation et le reste. La crise est dans toutes les
têtes, sur tous les visages, et le désespoir défait les fronts les plus
sereins. N'importe, la misère de l'esprit n'a jamais endeuillé
personne. Tant qu'il ne s'agissait que de courir après une vie vide de
sens, passer le peu de temps libre que notre aberrante conception du
travail laisse à chacun dans les centres commerciaux pour consumer un
peu plus vite les rares heures concédées par la vie éphémère de
l'homme, tout le monde était content. Mais que ce sanctuaire qu'est la
consommation soit remis en question par la crise et voilà tous nos
concitoyens dans la rue. Je ne prends pas de haut les pauvres gens qui
avaient déjà du mal à joindre les deux bouts auparavant et qui se
demandent s'ils vont pouvoir continuer à manger à leur faim. Mais quand
on lit partout que c'est un traumatisme pour des gens qui jusque-là
gagnaient bien leur vie de ne plus pouvoir se payer tout ce qu'ils
veulent, on se dit qu'en effet on a vraiment touché le fond.
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