Monsieur le Président de la République,Malgré tous nos efforts et nos souhaits, vous êtes arrivé au faîte de l'État. Vous avez fait ce qu'il fallait pour cela. Vous avez semé sur la peur et l'ignorance de la population, vous avez agité maint épouvantail en même temps qu'une résolution affichée - à défaut de projet - pour l'exorciser, vous avez divisé un peuple déjà au bord de la rupture, vous avez désigné des responsables à tous les maux, dressé les bons contre les méchants, appelé tous les communautarismes à vous, prêché l'action politique musclée mais éphémère, le faux parler vrai, la pseudo-responsabilité des dirigeants, vous avez promis bruyamment le plein emploi, la sécurité, la croissance à 5%, les baisses d'impôts de 4 points, le pacte écologique de Nicolas Hulot, tout en sachant qu'une promesse électorale "n'engage que celui qui la croit".Vous avez "ramené les électeurs du FN dans le giron de la droite républicaine" en épousant le discours de Jean-Marie Le Pen, vous avez exercé un chantage très démocratique sur les députés UDF, vous avez dragué les ouvriers qui ont un travail épuisant avec les heures supplémentaires, les fonctionnaires en ne renouvelant pas leurs effectifs, les écolos à coups d'EPR sans dialogue, les précaires en renvoyant les syndicats à leur impuissance politique, et, chose improbable et merveilleuse entre toutes, qui en dit long peut-être sur le discernement de nos concitoyens, vous avez été élu.Ils vous ont fait confiance, malgré votre bilan discutable, malgré vos contradictions devant lesquelles aucun de vos amis des médias ni aucun de vos médiocres adversaires n'a su vous remettre, malgré vos promesses intenables, malgré vos mensonges déjà avérés, vos retournements de veste, votre arrivisme, votre irrespect de la loi quand il vous plaît - Neuilly et les logements sociaux - votre discours idéologique sur l'inné et l'acquis qui n'avait pas sa place dans une campagne, vos signes religieux extérieurs dans l'exercice de vos fonctions, vos abus de pouvoir, vos colères, vos censures, vos incompétences manifestes sur certains dossiers tels l'environnement, votre atlantisme, votre soutien à la guerre de profit de l'administration Bush en Irak, votre soutien aux entreprises du CAC 40, votre démagogie en un mot.Mais nous ne vous avons pas fait confiance, et nous ajoutons que toute notre défiance accompagnera votre mandat. Nous aurons à coeur de relever et de diffuser vos échecs et vos mensonges. Nous voulons croire que vous serez le merveilleux président que vous avez promis, mais nous peinons à nous en convaincre, et nous attendrons avec le plus grand scepticisme que vous fassiez vos preuves.Prochain bilan dans 5 ans, donc. Réjouissez-vous, votre parole prophétique s'est réalisée : "la France s'est toujours donnée à celui qui la désirait le plus". Or il est incontestable qu'à l'aune de l'ambition, aucun candidat et pour encore de longues années ne pourra vous contester le pouvoir. Mais de grâce, épargnez-nous vos discours compatissants et préoccupés sur la gravité de votre responsabilité, et pour changer, agissez, vous le candidat de l'action. Troquez un peu vos actions médiatiques pour du travail de fond, et l'on verra de quoi vous êtes capable. Et aussi de quoi vous êtes incapable.
Un peu de Platon pour élever le débat et faire réfléchir les électeurs… Petit extrait de Gorgias où Socrate discute de la rhétorique et de ses mérites avec le grand orateur Gorgias.
SOCRATE […] Y a-t-il quelque chose que tu appelles savoir ?
GORGIAS Oui.
SOCRATE Et quelque chose que tu appelles croire ?
GORGIAS Certainement.
SOCRATE Te semble-t-il que savoir et croire, la science et la croyance, soient choses identiques et différentes ?
GORGIAS Pour moi, Socrate, je les tiens pour différentes.
SOCRATE Tu as raison, et je vais t’en donner la preuve. Si l’on te demandait : « Y a-t-il, Gorgias, une croyance fausse et une vraie ? » tu dirais oui, je suppose.
GORGIAS Oui.
SOCRATE Mais y a-t-il de même une science fausse et une vraie ?
GORGIAS Pas du tout.
SOCRATE Il est donc évident que savoir et croire ne sont pas la même chose.
GORGIAS C’est juste.
SOCRATE Cependant ceux qui croient sont persuadés aussi bien que ceux qui savent.
GORGIAS
C’est vrai.
SOCRATE Alors veux-tu que nous admettions deux sortes de persuasion, l’une qui produit la croyance sans la science, et l’autre qui produit la science ?
GORGIAS Parfaitement.
SOCRATE De ces deux persuasions, quelle est celle que la rhétorique opère dans les tribunaux et les autres assemblées relativement au juste et à l’injuste ? Est-ce celle d’où naît la croyance sans la science ou celle qui engendre la science ?
GORGIAS Il est bien évident, Socrate, que c’est celle d’où naît la croyance.
SOCRATE La rhétorique est donc, à ce qu’il paraît, l’ouvrière de la persuasion qui fait croire, non de celle qui fait savoir relativement au juste et à l’injuste ?
GORGIAS Oui.
SOCRATE A ce compte, l’orateur n’est pas propre à instruire les tribunaux et les autres assemblées sur le juste et l’injuste, il ne peut leur donner que la croyance. Le fait est qu’il ne pourrait instruire en si peu de temps une foule si nom-breuse sur de si grands sujets.
GORGIAS Assurément non.
SOCRATE Allons maintenant, examinons la portée de nos opinions sur la rhétorique, car, pour moi, je n’arrive pas encore à préciser ce que j’en pense. Lorsque la cité convoque une assemblée pour choisir des médecins, des constructeurs de navires ou quelque autre espèce d’artisans, ce n’est pas, n’est-ce pas, l’homme habile à parler que l’on consultera ; car il est clair que, dans chacun de ces choix, c’est l’homme de métier le plus habile qu’il faut prendre. Ce n’est pas lui non plus que l’on consultera, s’il s’agit de construire des remparts ou d’installer des ports ou des arsenaux, mais bien les architectes. De même encore, quand on délibérera sur le choix des généraux, l’ordre de bataille d’une armée, l’enlèvement d’une place forte, c’est aux experts dans l’art militaire qu’on demandera conseil, et non aux experts dans la parole. Qu’en penses-tu, Gorgias ? Puisque tu déclares que tu es toi-même orateur et que tu es capable de former des orateurs, il est juste que tu nous renseignes sur ce qui concerne ton art. Sois persuadé qu’en ce moment moi-même je défends tes intérêts. Peut-être en effet y a-t-il ici, parmi les assis-tants, des gens qui désirent devenir tes disciples. Je devine qu’il y en a, et même beaucoup, mais qui peut--être n’osent pas t’interroger. Figure-toi donc, lorsque je te questionne, qu’ils te posent la même question que moi : « Que gagnerons-nous, Gorgias, si nous suivons tes leçons ? Sur quelles affaires serons-nous capables de conseiller la cité ? Sera-ce uniquement sur le juste et l’injuste ou aussi sur les sujets mentionnés tout à l’heure par Socrate ? » Essaye donc de leur répondre.
GORGIAS Oui, Socrate, je vais essayer de te dévoiler clairement la puissance de la rhétorique dans toute son ampleur ; car tu m’as toi-même fort bien montré la voie. Tu sais, je pense, que ces arsenaux et ces remparts d’Athènes et l’organisation de ses ports sont dus en partie aux conseils de Thémistocle, en partie à ceux de Périclès, et non à ceux des hommes de métier.
SOCRATE C’est ce qu’on dit de Thémistocle, Gorgias. Quant à Périclès, je l’ai entendu moi-même, quand il nous conseilla la construction du mur intérieur .
GORGIAS Et quand il s’agit de faire un de ces choix dont tu parlais tout à l’heure, Socrate, tu vois que les orateurs sont ceux qui donnent leur avis en ces matières et qui font triompher leurs opinions.
SOCRATE C’est aussi ce qui m’étonne, Gorgias, et c’est pourquoi je te demande depuis longtemps quelle est cette puissance de la rhétorique. Elle me paraît en effet merveilleusement grande, à l’envisager de ce point de vue.
GORGIAS Que dirais-tu, si tu savais tout, si tu savais qu’elle embrasse pour ainsi dire en elle-même toutes les puis-sances. Je vais t’en donner une preuve frappante. J’ai souvent accompagné mon frère et d’autres médecins chez quelqu’un de leurs malades qui refusait de boire une potion ou de se laisser amputer ou cautériser par le médecin. Or tandis que celui-ci n’arrivait pas à les persuader, je l’ai fait, moi, sans autre art que la rhétorique. Qu’un orateur et un médecin se rendent dans la ville que tu voudras, s’il faut discuter dans l’assemblée du peuple ou dans quelque autre réunion pour décider lequel des deux doit être élu comme médecin, j’affirme que le médecin ne comptera pour rien et que l’orateur sera préféré, s’il le veut. Et quel que soit l’artisan avec lequel il sera en concurrence, l’orateur se fera choisir préféra-blement à tout autre ; car il n’est pas de sujet sur lequel l’homme habile à parler ne parle devant la foule d’une manière plus persuasive que n’importe quel artisan. Telle est la puissance et la nature de la rhétorique. Toutefois, Socrate, il faut user de la rhétorique comme de tous les autres arts de combat. Ceux-ci en effet ne doivent pas s’employer contre tout le monde indifférem-ment, et parce qu’on a appris le pugilat, le pancrace, l’escrime avec des armes véritables, de manière à s’as-surer la supériorité sur ses amis et ses ennemis, ce n’est pas une raison pour battre ses amis, les transpercer et les tuer. Ce n’est pas une raison non plus, par Zeus, parce qu’un homme qui a fréquenté la palestre et qui est devenu robuste et habile à boxer aura ensuite frappé son père et sa mère ou tout autre parent ou ami, ce n’est pas, dis-je, une raison pour prendre en aversion et chasser de la cité les pédotribes et ceux qui montrent à combattre avec des armes : car si ces maîtres ont transmis leur art à leurs élèves, c’est pour en user avec justice contre les ennemis et les malfaiteurs, c’est pour se défendre, et non pour attaquer. Mais il arrive que les élèves, prenant le contrepied, se servent de leur force et de leur art contre la justice. Ce ne sont donc pas les maîtres qui sont méchants et ce n’est point l’art non plus qui est responsable de ces écarts et qui est méchant, c’est, à mon avis, ceux qui en abusent. On doit porter le même jugement de la rhétorique. Sans doute l’orateur est capable de parler contre tous et sur toute chose de manière à persuader la foule mieux que personne, sur presque tous les sujets qu’il veut ; mais il n’est pas plus autorisé pour cela à dépouiller de leur répu-tation les médecins ni les autres artisans, sous prétexte qu’il pourrait le faire ; au contraire, on doit user de la rhétorique avec justice comme de tout autre genre de combat. Mais si quelqu’un qui s’est formé à l’art oratoire, abuse ensuite de sa puissance et de son art pour faire le mal, ce n’est pas le maître, à mon avis, qu’il faut haïr et chasser des villes ; car c’est en vue d’un bon usage qu’il a transmis son savoir à son élève, mais celui-ci en fait un usage tout opposé. C’est donc celui qui en use mal qui mérite la réprobation, l’exil et la mort, mais non le maître.
SOCRATE J’imagine, Gorgias, que tu as, comme moi, assisté à bien des discussions et que tu y as remarqué une chose, c’est que les interlocuteurs ont bien de la peine à définir entre eux le sujet qu’ils entreprennent de discuter et à terminer l’entretien après s’être instruits et avoir instruit les autres. Sont-ils en désaccord sur un point et l’un prétend-il que l’autre parle avec peu de justesse ou de clarté, ils se fâchent et s’imaginent que c’est par envie qu’on les contredit et qu’on leur cherche chicane, au lieu de chercher la solution du problème a débattre. Quelques-uns même se séparent à la fin comme des goujats, après s’être chargés d’injures et avoir échangé des propos tels que les assistants s’en veulent à eux-mêmes d’avoir eu l’idée d’assister à de pareilles disputes. Pourquoi dis-je ces choses ? C’est qu’en ce moment tu me parais exprimer des idées qui ne concordent pas tout à fait et ne sont pas en harmonie avec ce que tu as dit d’abord de la rhétorique. Aussi j’hésite à te réfuter : j’ai peur que tu ne te mettes en tête que, si je parle, ce n’est pas pour éclaircir le sujet, mais pour te chercher chicane à toi-même. Si donc tu es un homme de ma sorte, je t’interrogerai volontiers ; sinon, je m’en tiendrai là. De quelle sorte suis-je donc ? Je suis de ceux qui ont plaisir à être réfutés, s’ils disent quelque chose de faux, et qui ont plaisir aussi à réfuter les autres, quand ils avancent quelque chose d’inexact, mais qui n’aiment pas moins à être réfutés qu’à réfuter. Je tiens en effet qu’il y a plus à gagner à être réfuté, parce qu’il est bien plus avantageux d’être soi-même délivré du plus grand des maux que d’en délivrer autrui ; car, à mon avis, il n’y a pour l’homme rien de si funeste que d’avoir une opinion fausse sur le sujet qui nous occupe aujourd’hui. Si donc tu m’affirmes être dans les mêmes dispositions que moi, causons ; si au contraire tu es d’avis qu’il faut en rester là, restons-y et finissons la discussion.
GORGIAS Mais moi aussi, Socrate, je me flatte d’être de ceux dont tu as tracé le portrait. […]
SOCRATE Écoute donc, Gorgias, ce qui me surprend dans tes discours. Peut-être avais-tu raison et t’ai-je mal compris. Tu es capable, dis-tu, de former un orateur, si l’on veut suivre tes leçons ?
GORGIAS Oui.
SOCRATE Et de le rendre propre, quel que soit le sujet, à gagner la foule, non en l’instruisant, mais en la persuadant
GORGIAS Parfaitement.
SOCRATE Tu disais tout à l’heure que, même en ce qui regarde la santé, l’orateur est plus habile à persuader que te médecin.
GORGIAS Oui, au moins devant la foule.
SOCRATE Devant la foule, c’est-à-dire devant ceux qui ne savent pas ; car, devant ceux qui savent, l’orateur sera certainement moins persuasif que le médecin.
GORGIAS C’est vrai.
SOCRATE Si donc il doit être plus propre à persuader que le médecin, il sera plus persuasif que celui qui sait ?
GORGIAS Certainement.
SOCRATE Quoiqu’il ne soit pas médecin, n’est-ce pas ?
GORGIAS Oui.
SOCRATE Mais celui qui n’est pas médecin est sans doute ignorant dans les choses où le médecin est savant.
GORGIAS C’est évident.
SOCRATE Ainsi l’ignorant parlant devant des ignorants sera plus propre à persuader que le savant, si l’orateur est plus propre à persuader que le médecin. N’est-ce pas ce qui résulte de là, ou vois-tu une autre conséquence ?
GORGIAS La conséquence est forcée, en ce cas du moins.
SOCRATE Et si l’on considère tous les autres arts, l’orateur et la rhétorique n’ont-ils pas le même avantage ? La rhétorique n’a nullement besoin de connaître les choses en elles--mêmes, de manière à paraître aux yeux des ignorants plus savants que ceux qui savent.
GORGIAS N’est-ce pas une chose bien commode, Socrate, que de pouvoir, sans avoir appris d’autre art que celui-là, égaler tous les spécialistes ?
Voilà peut-être de quoi faire réfléchir en ces temps d'élections où la rhétorique essaie de s'attirer nos suffrages…
De pire en pire ! Après l'appel de la Ligue des Droits de l'Homme à voter Ségolène (il y a pourtant plus politisé comme association, ça devrait faire réfléchir), une autre petite nouvelle bien révélatrice du monarchisme d'Iznogoud.
Ce petit article illustre bien quelques travers que l'on peut craindre s'il parvient au sommet de l'état. Citons au hasard le manque d'auto-dérision, la condescendance, une tendance à confondre ses différentes casquettes et à utiliser le papier à en-tête de son ministère pour sa campagne électorale, sa manière de passer par le haut de la hiérarchie quand les gens lui résistent, son manque de discernement en politique et son goût de la séduction.
Le deuxième tour des élections approche à grands pas. J'espère que la raison triomphera et que Nicolas ne sera pas porté aux responsabilités suprêmes… Petite rétrospective de ses meilleurs moments et quelques bonnes raisons de ne faut pas voter pour lui.
La dernière en date : Dominique Jamet, directeur de la rédaction de France Soir, a dû démissionner après avoir refusé de donner dans l'hagiographie sarkozyste que ses supérieurs lui avaient imposée. Vous pouvez lire ici la dépêche du Monde à ce sujet. Et après on viendra nous parler de la liberté de la presse. Nicolas est aussi le champion toute catégorie de l'abus de pouvoir : la police a ainsi éloigné des manifestants de son meeting à Meaux. Vive la liberté d'expression !
Si Sarkozy peut obtenir de tels résultats avant l'élection, qu'est-ce que ça va être s'il est élu ? Il faut que les citoyens se mobilisent et qu'on ne se réveille pas avec 5 ans de Sarkozy à l'Elysée, ou alors on aura probablement fait en une soirée électorale le plus grand recul démocratique de la Ve République. Si certains ne votent pas, votent blanc ou soutiennent Sarko - sauf bien sûr s'ils sont intéressés à sa politique -, c'est vraiment la fin des haricots. On est loin de l'Allemagne nazie, mais Hitler aussi est arrivé au pouvoir par les élections et la démagogie. Sarkozy a d'ailleurs fort bien ironisé sur ce thème sur France 2 hier soir, en affirmant, à propos du régime polonais, qu'être élu démocratiquement ne garantissait en rien la pratique démocratique du pouvoir du gouvernement. A méditer.
Ah et en bonus, une blague (véridique !) : vous connaissez le ministère préféré de Rachida Dati ? La rénovation urbaine à coup de Kärcher…
Sarkozy, toujours Sarkozy, mais quoi ? J'ai un problème avec ce bonhomme. Que les hommes politiques soient tous arrivistes, malhonnêtes, incapables, pourquoi pas… Mais malgré tout celui-là a quelque chose de pire que la plupart des autres. La preuve ? A part Le Pen, je ne vois pas de quel homme politique on a dit autant de mal. Il inquiète beaucoup de gens, moi le premier. Qui vivra verra.
C'est décidé, je serai candidat à la prochaine élection présidentielle !
Quelques mesures de mon programme :
Les députés au SMIC, avec deux effets bénéfiques : augmentation du SMIC à 3000 € net votée à l'unanimité dans les dix jours, et revalorisation de la vocation chez les hommes politiques au lieu de l'intérêt.
Permis de voter à points, tout vote pour un démagogue sanctionné par une perte de points et une amende, des radars automatiques permettant de constater les infractions.
Interdiction aux hommes politiques de passer à la télévision sauf dans l'exercice de leurs fonctions ou pendant les campagnes officielles, lesquelles seront limitées à 30 jours avant l'élection - quand on sait que les statistiques établissent qu'un électeur moyen ne se souvient de l'action des candidats que sur les 45 derniers jours, on ne peut pas faire mieux - et interdiction de répondre à des questions accessoires sur les séries TV préférées ou ce genre d'inepties.
Suppression des sondages, à la limite un au début de la campagne et un au milieu, c'est bien suffisant.
Interdiction aux citoyens de manifester ou de critiquer d'une quelconque manière le candidat pour lequel ils ont voté s'il agit comme il l'avait annoncé. Par exemple, je vote pour un candidat libéral et je me fais virer : c'est bien fait, je n'avais qu'à voter Arlette.
Votez pour moi, et peut-être que le scrutin suivant ressemblera à quelque chose !
Les dés sont jetés, nous aurons donc le fatidique Sarko-Ségo du 2e tour.
Déception pour ceux qui, comme votre serviteur, espéraient un
changement dans la politique. Inquiétude aussi, pour ceux qui, comme
votre serviteur, n'ont pas envie de se retrouver avec Iznogoud aux
commandes de la bombe atomique. Sursaut démocratique, participation
formidable, tout cela est très bien, mais parfois quand on voit comment
(et pourquoi) les gens votent, on se dit qu'il vaudrait mieux qu'ils
s'abstiennent ou qu'il existe un permis de voter (de préférence à
points).
C'est donc le candidat de la mauvaise foi et du totalitarisme qui fait
un score mémorable, bravo, il y a de quoi être fier. Alors qu'il n'est
toujours pas retourné dans les banlieues, celles et ceux qui ont vu
brûler leurs voitures ont donc choisi de confier le sort de la nation à
celui qui a mis le feu aux poudres ; pour lutter contre l'insécurité et
notamment les attentats, les traumatisés du 11 septembre ont voté pour
le pro-américain de service, qui soutenait la guerre en Irak et joue à
"je t'aime moi non plus" avec les musulmans ; pour lutter contre la
précarité on s'en est remis au candidat du Medef, de la libéralisation
et du capitalisme débridé. On ne s'étendra pas sur l'environnement, le
Pacte écologique de Nicolas Hulot aussi vite oublié que signé, ni sur
le danger de rassembler dans les mains d'une seule personne - tant on
le sait despotique et craint jusque dans le giron de l'UMP - la
quasi-totalité des pouvoirs en France.
Lui qui veut rassembler les Français (mais pas tous ensemble, les homos
et les hétéros chacun de leur côté, les chrétiens et les musulmans, les
travailleurs et les fainéants, les riches et les pauvres, les gendarmes
et les voleurs - ah non, c'est vrai, les gendarmes sont nos amis et les
voleurs il n'y en aura bientôt plus un seul -) autour de la fraternité,
il a tout compris : on a beau être riche et corrompu, infiltré comme
pas un candidat dans le réseau occulte du pouvoir et des influences, on
peut quand même parler les yeux dans les yeux aux ouvriers. Il suffit
de promettre, de leur dire qu'ils ont peur, et de brasser de l'air.
Consternant.
On n'a que ce qu'on mérite. Une fois n'est pas coutume, je me rallierai
aux mots de ce cher Le Pen, le grand perdant de l'élection (Sarkozy
appelle cela "ramener les égarés dans le giron de la République") :
erreur d'appréciation, on croyait que tout allait mal en France, mais
non, tout le monde est content, tellement content qu'on va refaire un
tour de manège de 5 ans avec en plus un démago instable et brutal à la
barre. Après, il ne faudra pas se plaindre.
J'avais récemment une discussion sur la responsabilité des citoyens
allemands dans l'avénement du nazisme ; je la contestais et je la
conteste encore. Mais quand je vois que les Français sont sur le point
de donner les pleins pouvoirs au candidat le plus brutal et le plus
musclé de la politique française (Le Pen en habit de respectabilité),
je commence à me demander s'il faut vraiment toujours trouver des
excuses aux gens.
Ce qui est sûr, c'est que si Bayrou était passé, il aurait été élu au
2e tour. Avec Ségolène, ce qui est probable, c'est que Sarkozy passe.
Ça valait le coup d'avoir la gauche au 2e tour.
Après le palmarès des excès de vitesse des candidats à la présidentielle publié dans un magazine automobile, où le petit Nicolas s'était une fois de plus distingué (130 km/h sur une route à 70 c'est quand même une belle performance), voilà notre lapin Duracell, pour reprendre l'expression du tout aussi sympathique Philippe de Villiers, qui se lance dans les économies sur la santé. Fidèle à son idée fixe et sa méthode si personnelle, il veut instaurer une franchise interdisant le remboursement des premiers frais médicaux pur chaque patient. Une pétition circule déjà sur le net pour protester contre un principe qui pénaliserait bien évidemment les plus pauvres, et aurait de lourdes conséquences sur la prévention médicale (en tout cas qui n'inciterait pas à aller chez le médecin pour des maladies apparemment sans gravité ou des dépistages).
Comme naguère avec les intermittents, l'UMP part du constat qu'il existe des abus, et au lieu de s'y attaquer, modifie la loi pour que le système continue à tenir debout malgré les abus. C'est du grand art, d'autant qu'après cela on ose nous servir qu'on s'attaque aux problèmes ! Comme toujours, M. Sarkozy brille par son pragmatisme refusant absolument toute vue à long terme, et confirme que les électeurs qui lui donneront leur scrutin font le choix d'une société de conflit et d'inégalité. Quant à sa prétendue efficacité, on voit bien de quoi il s'agit. Il y a de la délinquance ? Qu'à cela ne tienne, le jour où chaque citoyen sera suivi 24h/24 par un policier, indéniablement, elle diminuera. Mais qui veut vivre dans un monde pareil ? Et vaut-il mieux que les agressions diminuent par peur de la police ou parce que les citoyens sont pacifiés ?
Ce cher Nicolas Sarkozy mène une campagne bruyante (et brillante aux yeux de
bon nombre de Français), mais tout ce qui brille n'est pas or. En ce qui
me concerne, il n'a jamais eu ma sympathie, et son côté agitateur
m'agace assez terriblement. Je ne veux pas faire ici du prosélytisme et
je me contenterai d'évoquer deux ou trois choses qui m'ont quand même
assez étonné dans cette campagne.
1° Sur le fond, je m'explique mal comment le président de l'UMP peut
tourner tous ses discours au futur ou au conditionnel, alors qu'il est
actuellement en exercice au sein d'un des ministères les plus influents du gouvernement. Quand Le Pen ou Besancenot disent qu'ils
veulent faire ceci ou cela, ils ont au moins à leur actif qu'ils n'ont
jamais été en mesure de le faire. Nicolas et son parti sont au pouvoir,
alors pourquoi est-ce que nous ne voyons pas déjà toutes les merveilles
qu'ils nous promettent pour le prochain mandat ?
2° Les médias. Alors là, force est de reconnaître qu'il est très fort.
Il fait du bruit, ses déclarations sont toujours coup de poing et
relayées par ses amis les médias avec, selon certaines mauvaises langues, une approbation
particulière. On peut remarquer que Duhamel s'est fait éjecter pour
avoir révélé à qui irait sa voix, mais les
grands amis personnels de Sarkozy, qui se trouvent par le plus grand des hasards diriger les principaux médias français n'ont pas de pareils complexes… Au-delà du doute, la
campagne de l'UMP, centrée sur l'énergie de Sarkozy, occulte parfois un
peu le contenu. "Bayrou n'a pas de programme", nous dit-on, et
"Ségolène n'a pas de conviction, elle veut faire comme veulent les
Français." Mais Sarkozy, oui, il a des idées, un
programme…
3° Alors on peut se livrer à un petit exercice comparatif : les sites web. Les 100 propositions du PS sont disponibles en ligne, avec bien sûr ce côté participatif qui irrite tant de monde. Les propositions de Bayrou
sont également sur son site, peut-être pas toujours concrètes, mais
enfin elles existent. Qu'en est-il du petit Nicolas, qui nous assène
par médias interposés que les autres candidats n'ont pas de programme
et que lui seul sait où il veut mener la France ? Un petit tour sur son site et plus exactement sur la rubrique "ce que je vous propose"
est très instructif : un abject pdf d'une page à télécharger pour dire
qu'il est le meilleur, et pas une mesure concrète. Pour les photos, les
bannières à l'américaine et le culte de la personnalité, pas de
problème, tout y est, c'est hagiographique à souhait, on se croirait
sur TF1. Mais pour les idées, on cherche, on cherche… Si quelqu'un
déniche où le petit Nicolas les a cachées sur son site, merci de
laisser un message. Ah si, en fait, dans la colonne de droite, elles y
sont, les mesures : la phrase qui revient le plus est "je veux
être le président"… Tout un programme.
A la relecture de son programme d'une page, je me demande si n'affleure
pas un semblant d'idéologie. Peut-être pas si vide que ça, en fait. Je
cite :
" C'est pour cela, à cause de cela, par cela que je me suis engagé
dès mon plus jeune âge […] dans la conquête de ce que l'on appelle de
façon vague le pouvoir."
Là, on ne peut pas être plus sincère. Le pouvoir, le mot est lâché. On
voit que les motivations du monsieur sont vraiment liées au bien de se
concitoyens et pas à l'ambition personnelle.
"La politique n'a pour moi aucun sens si elle ne se fixe pas pour but de donner un espoir à des millions de gens."
Mais comment peut-on prononcer des phrases aussi démago ? Donner de
l'espoir, dire aux gens "vous allez voir, avec moi ça va s'arranger",
c'est ça un projet ? C'est ça la rupture tranquille ? Et encore je
n'entre pas dans une réflexion plus poussée sur l'espoir tel que le
décrit mon cher Albert Camus, comme dernier fléau de la boîte de
Pandore. La lucidité n'a que faire de l'espoir.
La suite du programme est un bla-bla insipide et convenu. Je m'énerve
tout seul à lire ça sur mon écran ! Être si habile à galvaniser les
foules, et n'avoir rien à dire, rien à proposer ! Quelle misère… Et le pire c'est qu'il sera peut-être élu, parce qu'il brasse plus d'air que les autres. Vive la démocratie.
Ceux qui ont regardé le film diffusé à la télévision par le service public sur Jacques Chirac auront pu apprécier cette approche lumineuse de la politique. Je nourrissais déjà peu d'illusions sur les hommes politiques français et autres, je les devinais aspirant au pouvoir et à la réussite plus qu'à la mise en oeuvre de leurs idées. Mais j'ai été bluffé par la désarmante franchise avec laquelle les personnalités interrogées laissaient voir de la manière la plus naturelle du monde comment se construit une campagne.
La surprise est modeste de découvrir que les hommes politiques se livrent souvent à des campagnes de démolition (et d'après le documentaire, Chirac plus qu'aucun autre a joyeusement tiré dans les pattes de ses concurrents), mais il est confondant de constater à quel point la vacuité des programmes électoraux ne dérange personne. On voit ainsi les collaborateurs de Chirac, Séguin ou Pasqua par exemple, exprimer comme une évidence que, quand un candidat propose une idée pour sa campagne, ses adversaires en trouvent une autre pour rivaliser. En d'autres termes, un homme politique n'est pas pour ou contre tel ou tel principe : mais si un candidat a proposé une réforme, ses adversaires en inventent une autre pour gagner des voix. Par exemple, si je m'appelle Jean-Marie Le Pen et que je prône l'immigration zéro, mes adversaires vont devenir du jour au lendemain les défenseurs de l'immigration. C'est ainsi que Chirac (mais il n'est pas le seul) s'est retrouvé tantôt farouche anti-européen, tantôt porte-parole de la constitution commune. Il semble en aller de même de tous les hommes politiques et de tous les sujets : consternant. Le plus consternant est que les témoins interrogés n'éprouvent pas la moindre gêne à s'exprimer là-dessus, comme s'ils n'étaient pas même conscients que la vitrine politique perd un peu de son clinquant aux yeux des crédules citoyens. Je ne me l'explique pas. Qui peut continuer à leur accorder sa confiance ?
On apprend aussi d'autres choses plus amusantes, comme ce que disait le Président de la République en 1995 sur Sarkozy : il faudrait ainsi lui marcher dessus, et du pied gauche, car cela porte bonheur… Et deux minutes plus tard, le même Sarkozy parle très respectueusement de M. Chirac qu'il ne pouvait pas suivre dans sa campagne contre Balladur… Magnifique ! Et de tirer la morale de tout ça : la France ne se donne qu'à celui qui la désire le plus. Inutile de préciser qui devrait ainsi la récupérer aux prochaines élections…
Je viens de découvrir pourquoi les Français ne votent pas : c'est un parcours du combattant pour s'inscrire sur les listes électorales ! Avec un goût de la complexité qui n'appartient qu'à notre belle nation, les formalités administratives s'enrichissent à chaque passage que l'on fait pour s'inscrire dans une mairie d'arrondissement parisienne. Au premier passage, on vous dit ce qu'il faut apporter comme justificatifs, au deuxième on s'aperçoit qu'il manquait quelque chose vu combien votre situation au demeurant très simple est compliquée. J'espère qu'au troisième on ne découvrira pas de nouvel obstacle, sinon il n'y aura pas pour moi de quatrième, et ces chers politiciens se passeront de mon suffrage — qu'en confidence je ne donnerai de toute façon qu'avec une faible conviction et peu d'enthousiasme.
Ganymède, le divin échanson cueilli par Zeus tandis qu'il paissait ses troupeaux sur les pentes de l'Ida de Troade. Il devait lui verser le nectar en place d'Hébé, la déesse de la jeunesse, et cela convient bien à notre temps — le monde est-il si vieux ? L'auteur empruntera donc sa signature pour ces lignes intermittentes sur la vie et l'esprit. En toutes solitude et liberté.