| jeudi 26 mars 2009, a 12:42 |
| La vague |
 Très belle découverte que Die Welle - en français La Vague - qui donne à réfléchir sur les phénomènes communautaires et les dérives autocratiques.
Il ne faut pas s'appuyer sur une fiction, fût-elle basée sur du un fait réel, pour en tirer des conséquences générales, mais le film m'a interpellé pour la raison suivante : on parle souvent de la manière dont les Nazis ont pu laver le cerveau à un peuple entier, on évoque la terreur, l'endoctrinement, l'idéologie pangermaniste et ses applications dans la propagande, l'antisémitisme, on accuse le peuple allemand d'être mauvais, etc. Or, ce qu'on voit dans ce film, c'est la constitution d'un groupe SANS IDÉOLOGIE, autrement dit qui n'a aucune revendication, aucune autre raison de se rassembler que le fait de l'avoir décidé pour un atelier au lycée. Et ce communautarisme, la simple existence d'un groupe avec ses codes de groupe (uniforme, salut) mais pas de propos, pas d'objet, pas d'idéal, aboutit à un besoin d'affirmation par rapport aux autres qui débouche sur de la violence.
Il ne m'était jamais apparu que le simple fait de dire au peuple allemand "rassemblons-nous" pouvait en soi ouvrir les portes à un débordement de violence et d'incommunicabilité entre les peuples.
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| vendredi 15 février 2008, a 10:40 |
| Into the wild |
Très très belle découverte pour moi que le film de Sean Penn, que j'ai vu hier - avec quel plaisir ! - dans le cher petit cinéma de quartier de Besançon que j'affectionnais tant !
Dépêchez-vous si vous ne l'avez pas vu et qu'il passe encore près de chez vous, c'est une expérience assez inoubliable, et cela donne matière à réfléchir à beaucoup de choses fondamentales que notre société s'empresse généralement de nous faire oublier.
L'aventure, l'amitié, le sens de la vie, la nature, le sacré, le bonheur, la liberté, il y a longtemps que notre monde léthargique leur a trouvé des trajectoires droites et ronronnantes. Mais s'il y avait autre chose ? si l'on pouvait partir à l'aventure, explorer la frontière entre l'état civilisé et l'état de nature, l'expérience ne serait-elle pas riche d'enseignements ?
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| samedi 26 janvier 2008, a 10:32 |
| Tarte à la myrtille |
 J'ai vu hier soir le dernier Wong Kar Wai, My blueberry Nights.
Une personne mal intentionnée de ma connaissance m'avait mis en garde :
ça va être nul, des acteurs américains, une nouvelle équipe, plus rien
de ce qui fait la personnalité du réalisateur… Sauf que Wong Kar Wai a
justement une personnalité qui va plus loin que le simple exotisme qui
consiste à filmer une pivoine à la mode de Hong-Kong (d'autres
personnes mal intentionnées se reconnaîtront…).
Bref, au final j'ai trouvé le film très bon. C'est assez déroutant car
l'univers affiche vraiment une cohérence avec les précédents films du
réalisateur (dans la narration, les thèmes, les personnages, le
cadrage, la texture des images, et même la musique avec le "Yumeji
theme" déjà présent dans In the mood for love revisité) même si l'emballage et le côté road movie ont quelque chose de résolument américain. Une belle expérience et un film qui laisse des traces dans l'imaginaire. On attend avec impatience l'évolution du réalisateur de 2046 et de prochains ches-d'oeuvre.
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| dimanche 15 juillet 2007, a 13:39 |
| Haute tension |
 Grosse déception après avoir vu en DVD Haute tension. Bon, tout cela fonctionne plutôt bien jusqu'à un quart d'heure de la fin, c'est très gore, il faut aimer, mais personnellement ça ne me gêne pas et ce genre de film exerce une saine catharsis car le méchant est vraiment détestable. J'avais plutôt bien aimé le remake d'Alexandre Aja de La Colline a des yeux, que je trouvais à la fois efficace et pas dénué de réflexion derrière l'apparent premier degré.
Hélas ! Voilà qu'on nous a préparé un retournement et que l'histoire n'est pas ce qu'on croyait… Bon je ne veux pas vendre la mèche pour ceux qui n'auraient pas vu le film, mais le retournement ne marche pas parce qu'il y a abus de confiance. Une fois n'est pas coutume, je rejoindrai l'opinion du personnage de Stephen King dans Misery : il ne faut pas se moquer du lecteur ou du spectateur. Si on nous a montré quelque chose, cela veut dire que c'était réel, sauf si c'est un rêve.
En gros, il y a un problème de point de vue, et alors que tout le film semble se passer en focalisation externe, on est en fait en focalisation interne, ce qui permet au réalisateur de ménager un coup de théâtre quand on comprend que les choses ne sont pas ce qu'elles paraissaient. Sauf que…
D'abord il y a des scènes qui ne peuvent pas exister en focalisation interne, notamment la première apparition du tueur, à laquelle n'assiste pas le personnage par lequel se fait la focalisation. Donc c'est de la manipulation pure et simple que de nous la montrer et de nous dire après "c'est ce que voyait le personnage" car ledit personnage n'était pas là.
Ensuite il y a des petits soucis d'hémoglobine : comment Cécile de France se retrouve-t-elle en sang s'il n'y a pas eu d'accident de voiture ? Et d'ailleurs d'où vient la camionnette ?
On pourrait continuer mais il est difficile de ne pas raconter le film et fastidieux pour ceux qui ne l'ont pas vu de lire ces lignes. L'essentiel est que j'ai horreur de ce genre de procédé. Je veux bien me laisser emmener où veut le réalisateur, mais à condition qu'il ne m'arnaque pas. Sinon, on est en droit de demander le remboursement, comme dans Misery.
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| vendredi 27 octobre 2006, a 17:34 |
| Fanatisme |
 Pour continuer dans les mêmes matières, j'ai récemment revu deux films très intéressants sur les riches heures du nazisme, La Chute, qui relate les derniers instants de la vie de Hitler, et Amen, qui évoque le silence de l'Église face à la solution finale.
Il me semble que c'est un point commun entre tous les fanatismes, et qu'on n'évoque pas souvent, que le nécessaire goût de la destruction. La pression, la violence, le culte de la personnalité, l'endoctrinement, la propagande, on connaît bien tout cela. Mais ce besoin de faire table rase, ce besoin de révolution (au mauvais sens du terme, mais qui d'ailleurs regroupe aussi les moments noirs de l'histoire de la Révolution française) me semblent caractéristiques de tous les systèmes de pensée dangereux.
Pourquoi ne pourrait-on construire un avenir neuf sans ruiner de fond en comble ce qui existe ? Quelle société pourrait ainsi s'affranchir de sa mémoire sans retomber dans une dangereuse jeunesse ? Je veux dire que quand un dictateur prétend vouloir refondre un monde nouveau sur le champ de ruines du passé, il court le risque de briser pêle-mêle le bon et le mauvais. Ce que la sagesse, ce que l'art ont pu conquérir de haute lutte en morale et en beauté est menacé par cette conception du monde. Les générations font leur apprentissage lentement, péniblement, et n'ont que trop de peine à conserver le peu de sagesse accumulée de l'une à l'autre. On ne le voit que trop bien : chaque nouvelle génération est prête à emboîter le pas à ses aînés, à refaire les mêmes erreurs. Et il faudrait en plus effacer le peu de traces qu'il reste de l'expérience passée ? Cela pourrait être salutaire ?
C'est alors que les Allemands auraient dû comprendre le piège du nazisme : quand Hitler leur promettait monts et merveilles, ils pouvaient y croire. Quand il brandissait la menace communiste, même le fléau juif, on peut admettre qu'ils aient aquiescé, manipulés par le besoin de trouver des responsables. Mais quand il leur disait qu'il faut être brutal, qu'il faut abolir ce qui existe pour créer un monde neuf, ils auraient peut-être dû sentir venir le faix de la destruction aveugle. La perte de la mémoire a permis toutes les dérives, et de toute façon cela ne pouvait pas être une bonne chose, quand même le projet eût été sincère et motivé par de véritables idéaux. Détruire n'est jamais la solution. On le voit bien aussi avec l'exemple de la Chine : amener le communisme, l'égalité des chances, des ressources minimum pour tous, à condition que cela fût fait dans ce but et non pour installer de nouveaux puissants à la place des anciens, nécessitait-il qu'on détruise ce qui incarnait l'ancienne splendeur de la Chine impériale ? En quoi l'Opéra de Pékin - voir à ce propos le magnifique film de Chen Kaige Adieu ma concubine - faisait-il obstacle à la nouvelle répartition des biens ? Il faut que les dictateurs doutent bien de la valeur de ce qu'ils prétendent édifier pour être ainsi à l'affût de tout ce qui peut donner envie d'autre chose aux citoyens.
La conclusion de tout ça, c'est que la destruction doit toujours rester suspecte aux yeux de l'homme de discernement. On ne détruit que ce qui est dangereux, et, on le sait bien, il n'y a que la vérité qui blesse. Méfions-nous de tous ceux qui prétendent éradiquer le mal par le fer et le sang. Une goutte de sang innocent, à supposer que quiconque fût en mesure de déterminer lequel peut l'être, gâte un massacre soigneusement ourdi et change un effort de justice en barbarie. |
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| jeudi 12 octobre 2006, a 14:21 |
| Antiquités |
 Semaine antique pour moi, avec avant-hier soir le film de Fellini, Satyricon, d'après le roman de Pétrone, et hier soir à l'Opéra de Paris, les Troyens de Berlioz.
Force est de constater que les deux visions proposées de l'antiquité sont assez diamétralement opposées.
Fellini ne prétend pas au réalisme, mais à une sorte de choc des cultures dont doit émerger pour le spectateur l'impression de l'étrangeté. Décors, costumes, nombreux figurants très caractérisés, emploi de langues étrangères méconnaissables et non traduites, le tout au service d'un scénario peu narratif organisé en une succession de tableaux plus ou moins oniriques, campent un monde à la fois proche et terriblement éloigné du nôtre, où la distanciation permet un passionnant effet de miroir. La confrontation des personnages avec un monde encore empli de mystères et de rites, et la réflexion sur la décadence de la civilisation pose des problèmes éternels et bien évidemment toujours insolubles.
Berlioz cherche dans une tout autre voie. Homme du XIXe siècle, il veut faire du tragique qui parle à ceux de son temps, c'est-à-dire une tragédie nourrie de valeurs chrétiennes et non exempte d'un certain orgueil. Heureusement qu'ils sont ces mêmes Troyens que l'on connaît d'Euripide ou d'Homère ; pour peu, on ne les reconnaîtrait pas. Travaillant moi-même sur une tragédie de Cassandre, je me suis bien évidemment retrouvé face au problème de vraisemblance posé par le peu de confiance que lui accordent ses pairs. Il me semble essentiel d'en faire quelque chose, ce qu'on veut, mais quelque chose qui porte du sens ! Or, Berlioz se contente de lui faire répéter à Chorèbe que s'il l'aime il doit partir, que la mort les attend, et lui de répondre qu'il ne faut plus rien craindre. La catastrophe inévitable arrive, et - pour moi qui fus toujours du côté des Troyens contre les Grecs - je me surprends à trouver leur foule bête et vulgaire, et à justifier leurs malheurs. Loin de la magnifique ironie de Cassandre chez Euripide, elle se suicide ici pour ne pas être souillée par la main grecque - que tout cela est chrétien -, imitée par ses soeurs troyennes. Puis la fuite de Troie, l'arrivée d'Énée à Carthage, où sitôt Didon séduite, un Mercure monomaniaque lui rappelle son devoir de trois impérieux "Italie !" assénés sans un mot d'explication. Aussitôt, Énée reprend son voyage, tandis que Didon n'en finit pas de se poignarder sur un bûcher qui ne s'allume pas, avec des choeurs à mi-chemin entre les vierges de quelque Maciste et une monstrueuse régurgitation de la Marseillaise mal digérée - à supposer que musique aussi délicate pût jamais l'être.
Berlioz, prétentieux ? Sans doute, si l'on songe à Wagner, dont il n'a ni la profondeur, ni l'universalité. On comprend surtout en voyant l'opéra du compositeur français, ce que l'emprunt à la mythologie et à l'antique finit par avoir de rebutant pour les romantiques, emprunt qui d'ailleurs ne retrouvera ses lettres de noblesse qu'au XXe siècle, sous l'apport de nouvelles approches soit plus littérales, soit plus stylisées. L'épure devait encore être le remède, et la mesure.
Qu'on se rappelle que sont frappés de châtiment tous ceux qui s'abandonnent à l'hybris, la démesure, péché fondamental chez les Grecs ; or notre Berlioz ne pèche-t-il pas un peu par cet excès d'orgueil, cette aspiration à l'absolu (personnages absolument majestueux, absolument incontestables, absolument malheureux, absolument inhumains), ce goût de la boursouflure ? Chez Racine aussi, les personnages sont sublimes, pourrait-on m'opposer. Mais la subtilité de la langue, l'ambiguïté des personnages, la dialectique entre raison et passion, devoir et amour, déplacent l'enjeu à d'autres niveaux que le seul pathos.
Hommes du XXIe siècle, profitons de l'exemple : la mesure serait sans doute la plus grande leçon grecque à réintégrer dans nos conceptions de la vie. Tout le monde passe son temps à peser le pour et le contre, à opposer le bien et le mal. N'y a-t-il donc plus ni temps ni place pour ceux qui chercheraient le chemin au milieu ? |
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| vendredi 15 septembre 2006, a 00:23 |
| Concordances télévisuelles |
 Alors que je ne pensais plus à mal, voilà que je tombe à la fin du JT de France 2 sur un sujet sur les mêmes ivresses évoquées dans mon dernier post, puis qu'un zapping intempestif sur la TSR m'amène devant un jeune du 16e expliquant à Delarue qu'il ne se verrait pas rester un samedi soir à la maison en sachant que tous ses copains s'éclatent en boîte. Et d'ajouter qu'il respecte les gens qu'il voit s'amuser sans alcool ni drogue : "moi, je ne pourrais pas"… Il y a vraiment du souci à se faire si l'on en arrive là, et que seul l'abrutissement permet de se sentir bien. Il faudrait sans doute repenser les choses de A à Z.
C'est alors que je lance la lecture du film que je voulais voir et pour lequel j'avais allumé la télévision : Médée de Pasolini, et voilà que Chiron explique à Jason toute une théorie sur le mystique et la réalité, sur le fait que l'homme moderne n'entend plus la signification sacrée des choses au sein desquelles un coucher de soleil est une expérience personnelle confondante… S'étaient-ils donné le mot ? Il me semble n'entendre et ne parler que de ça depuis des mois.
Quoi qu'il en soit, saluons au passage l'immense Maria Callas dans un rôle qui lui va comme un gant, et le toujours très créatif Pasolini. |
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| vendredi 08 septembre 2006, a 15:14 |
| "Le choléra me craint comme la peste" |
Hier soir passait à la télévision le Hussard sur le toit d'après Jean Giono. L'occasion pour chacun de nous de se demander à quelle catégorie de personnes il appartient : qui serait mort de l'épidémie, succombant à l'appel décharné du matérialisme et du désoeuvrement ? Qui aurait en lui assez de passion, de goût de la vie, de la beauté, de ce que j'appelle "aspirations" pour échapper au mal ? Je préfère ne pas faire de sondage… |
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| Présentation |  Ganymède, le divin échanson cueilli par Zeus tandis qu'il paissait ses troupeaux sur les pentes de l'Ida de Troade. Il devait lui verser le nectar en place d'Hébé, la déesse de la jeunesse, et cela convient bien à notre temps — le monde est-il si vieux ? L'auteur empruntera donc sa signature pour ces lignes intermittentes sur la vie et l'esprit. En toutes solitude et liberté. Envoyer un mail à l'auteur | |
| commentaire(s) | La chute Paul (14/11/2009 10:44)Et on ne parle pas d... La vague Paul (29/03/2009 08:40)Je précise tout de s... Les Amandiers Ganymède (l'auteur !) (08/02/2009 19:58)Oui, le même Nietzsc... |
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