 Un petit extrait du livre de Lieutaghi évoqué un peu plus bas dans ces lignes :
"En choisissant tout particulièrement le Platane pour orner, non sans avoir confié son faîte passionné au fer d'un émondeur cartésien, les cours sinistres des collèges du siècle passé, les dignes propagateurs de l'Éducation nationale songeaient sans doute aux arbres de la promenade de l'Académie, à Athènes, qui ombrageaient les sentences des stoïciens et les diatribes des sophistes. À promener des rêveries de lycéen peu enthousiaste dans un quinconce de troncs meurtris par des générations de potaches en mal d'épigraphes vengeurs, j'aurais pu prendre en haine ces témoins impassibles de mes études à petit feu. Mais ils étaient soumis à la discipline grossière de l'ébrancheur : condamnés à des peines semblables, eux à perdre leur noblesse native, moi l'émerveillement, nous en vînmes à une entente de prisonniers muets. Quand j'eus droit à une remise de peine, avant d'avoir purgé tout mon temps d'instruction, je m'étais pris d'une certaine passion pour les arbres sauvages… Je garde encore une reconnaissance émue envers ces pâles compagnons d'infortune auxquels il n'était laissé que des bras tors et chétifs pour clamer, à chaque printemps, leur désir fou de frondaisons."
Encore un peu de matière pour s'interroger sur les enjeux écologiques. Au-delà des catastrophes annoncées sur le climat, des conséquences "scientifiques", ne peut-on pas considérer un instant ce que la notion même de nature, de paysage, a d'essentiel pour l'homme ? Pour la civilisation ? Le combat contre la destruction ne passe-t-il pas aussi par la flore et le monde qui nous entoure ?
Divagations d'un poète. Je sais. Mais les collines, les fleuves, les plaines, les saisons existaient avant nous. Le jour où la nature reprendra ses droits, à coup de cyclones, de tremblements de terre, ou de glaciation, de quoi nous serviront le CAC 40 et la fée électricité ? Il y a une mesure qui passe par le respect, par la prudence, par la tempérance, par le refus de tout sacrifier à une direction. Il y a des moments où il y a le progrès, le confort, la richesse. Il y a aussi des moments pour la beauté. Ou s'il n'y en a plus, c'est que la civilisation s'est trompée de voie et qu'elle a perdu ce qui devrait être une de ses finalités absolues. |