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Ganymède
dimanche 15 juillet 2007, a 13:12
Départ sur la pointe des pieds

Régine Crespin est décédée, et avec elle disparaît une très grande dame du chant français. Son art stylé, féminin, sa déclamation élégante, et ce métal caché sous un timbre de velours lui valurent une carrière internationale exemplaire, et entre autres la consécration de Bayreuth. La fin d'un âge et une nouvelle page qui se tourne, dans un silence médiatique bien décourageant. Combien d'années faudra-t-il pour que les jeunes chanteurs l'aient oubliée, comme ils ont oublié Nilsson ou Schwarzkopf ? Plus que jamais le temple a bien besoin d'être gardé.

Un article à consulter sur le sujet.

Une vidéo du Spectre de la rose de Berlioz.

mardi 19 décembre 2006, a 21:47
Le divin Mozart

Amis mélomanes, pour avoir un aperçu de qualité de ce qui s'est passé cet été au Festival de Salzbourg, allez faire un tour sur Altamusica, où vous trouverez un calendrier de l'avent original et instructif. C'est fait avec beaucoup de sérieux et de professionnalisme, et vous y trouverez peut-être des idées de cadeaux de Noël ! Amis non musiciens - ou ennemis musiciens ou ennemis non musiciens etc ^_^ - rien ne vous empêche d'aller aussi jeter un petit coup d'oeil. La curiosité n'est pas toujours un vilain défaut.

jeudi 30 novembre 2006, a 23:36
Cross-over le retour

Comme pour faire écho à mon sujet sur Sting, voilà que le guitariste de Radiohead a obtenu un prix à un concours de composition de musique contemporaine… A croire que le classique est à la mode chez les rockeurs !!! Il y a aussi Anne Sofie von Otter, mezzo tout ce qu'il y a de plus respectable, qui a sorti un album chez DG… Dédié entre autres à des chansons d'ABBA !!! Bon je sais, je vais encore passer pour le vieux con de service, mais quoi ? N'a-t-elle rien d'autre à enregistrer ? A-t-elle donc épuisé le répertoire classique, enregistré tout ce qui l'y intéresse ? Qu'elle aime ABBA, ça la regarde, mais à quoi bon donner dans la variété mille fois mieux servie par ses propres interprètes ? Pour le plaisir de faire un disque ringard à souhait ? Ou en sommes-nous arrivés à ce stade que même une star de la musique classique comme elle doive donner dans le show-biz pour joindre les deux bouts ?

jeudi 09 novembre 2006, a 22:05
Maudit cross-over

Le nouvel album de Sting, baptisé Songs from the Labyrinth, vient de sortir dans les bacs. Il rejoint ainsi l'écurie Deutsche Grammophon, et d'aussi prestigieux poulains que Karajan ou Fischer-Dieskau. Il faut hurler au génie, et la presse comme les amateurs ont encensé l'idée tant que la réalisation. On nous parle de fraîcheur, de l'honnêteté qu'il y a à ne pas vouloir imiter les chanteurs d'opéra, mille autres choses sur l'adéquation de ce répertoire avec un chanteur mélancolique qui y est plus impliqué et plus adapté… Pourquoi pas ?

Sauf que… Si des chanteurs comme Pavarotti ont la mauvaise idée de se lancer dans ce répertoire, il y a un problème, qui ne suffit pas à mon avis à justifier que Sting revendique la position d'interprète idéal ! Musique pas technique, qui ne demande que de l'investissement, ça se discute… Quant aux déclarations du chanteur selon lequel Dowland serait la pop music de l'époque, il faudrait voir… La culture de masse du XVIe siècle n'est pas celle du rock, et l'éducation vocale d'un jeune homme en Angleterre a peut-être quelque peu évolué… Et puis le public de Dowland, quelque succès qu'il ait eu, a peu en commun avec le public pop de Sting. Mais quand le chanteur affirme ne pas aimer les cross-over, on est carrément sceptique. Car c'est quand même un peu ce qu'on nous offre…

DG (pardon, Universal) donne dans le commercial, comme c'est surprenant. Car le CD aurait pu sortir chez Alpha - et non chez ce label qui à ma connaissance n'a jamais consacré un enregistrement au compositeur dans son catalogue - dans un rayon classique sous le nom Dowland, interprété par Gordon Summer, et l'interprète idéal aurait eu un gentil Diapason d'Or. Mais voilà, c'est le nouvel album de Sting, vendu à grand renfort de publicité et d'un parfum de polémique délicieusement rentable… De là à douter de l'honnêteté de l'artiste, il n'y a qu'un pas, que nous ne franchirons pas. Quant à son talent et l'adéquation de son univers à la mélancolie élizabéthaine, n'ayant pas le disque, je ne donnerai pas d'avis. Je me contenterai de dire que s'il n'existe pas mieux parmi l'actuelle génération de chanteurs de musique ancienne, c'est grave, et la récession depuis les débuts des baroqueux est assez effrayante ; et s'il n'y a pas d'autre moyen de faire connaître et aimer Dowland que de le proclamer pop star, c'est que l'état d'inculture et de formatage de notre société est plus qu'avancé.

vendredi 13 octobre 2006, a 00:56
Obsèques

Je cite ci-dessous un article trouvé sur le net, en rapport avec le sujet précédent, que l'on peut trouver sur le Site Hector Berlioz :



Jacques Barzun écrivait il y a un demi-siècle: "S’il existe une volonté réelle d’honorer la mémoire de Berlioz autrement qu’en jouant sa musique, il se trouve à Paris un vaste monument sur le fronton duquel on lit l’inscription Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. Transférez au Panthéon les restes de Berlioz pour qu’il y prenne place parmi ses pairs" (Berlioz and the Romantic Century, tome 2, 1950, pages 325-326). L’idée avait été présentée en 1968 au Président de Gaulle par André Malraux sur la suggestion du député Jean Boyer (créateur et président de l’actuel Festival Berlioz à La Côte Saint André), et le Président l’avait acceptée. Mais la démission de de Gaulle en 1969 mit fin à ce projet pour de nombreuses années. En 2000 en prévision du bicentenaire en 2003 le projet fut relancé, et le Président Chirac y donna son accord. Le voeu de Jacques Barzun semblait donc en voie d’être réalisé: les restes de Berlioz devaient être transférés au Panthéon le 21 juin 2003, et l’Orchestre de Paris allait jouer à cette occasion la Symphonie funèbre et triomphale dans les rues de Paris. Mais ce projet a maintenant été ajourné sine die.



L'idée de transférer les restes de Berlioz au Panthéon me semble tout à fait révélatrice d'une certaine officialité de son art, d'une aspiration à la reconnaissance et d'un fort sentiment patriotique chez certains de ses admirateurs. Les obsèques nationales, les honneurs de la Patrie sont assurément des faveurs auxquelles il n'eût pas été insensible, et du reste ces valeurs sont très présentes dans Les Troyens, à tel point qu'en voyant l'opéra je me suis demandé si un metteur en scène pourrait se livrer à ce petit jeu dont ils raffolent en général : questionner le livret et en proposer une lecture personnelle, une thèse sur les personnages ou le message de l'oeuvre. J'avoue n'avoir pas trouvé. L'opéra me semble ne parler de rien d'autre (ou presque) que du destin de Didon, certes bien triste, du départ d'Énée, certes inévitable, encore que bien mis de côté tout le temps que ça l'arrangeait, ou encore du destin de Troie brisée de l'intérieur. Mais mon goût y est frustré de non-dit, d'ambiguïtés, d'interstices où l'on peut essayer d'imaginer les idées du compositeur, regarder un miroir de notre monde actuel. Il pourrait bien y avoir un semblant de réflexion sur la guerre, mais la victoire y est valorisée avec un tel enthousiasme qu'il est difficile d'en trouver des résonances dans notre monde contemporain. Tout au plus pourrait-on se dire : gardons-nous d'imiter l'exemple donné par les Carthaginois et visiblement cautionné par Berlioz. Je n'entends dans cet opéra qu'un premier degré désespérant. Pas mon univers, décidément. Et si je devais faire choix d'une sépulture ambitieuse, je préférerais celle du poète Brassens :



Pauvres rois pharaons, pauvre Napoléon,
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon,
Pauvres cendres de conséquence,
Vous envierez un peu l'éternel estivant,
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,
Qui passe sa mort en vacances.

jeudi 12 octobre 2006, a 14:21
Antiquités

Semaine antique pour moi, avec avant-hier soir le film de Fellini, Satyricon, d'après le roman de Pétrone, et hier soir à l'Opéra de Paris, les Troyens de Berlioz. Force est de constater que les deux visions proposées de l'antiquité sont assez diamétralement opposées.

Fellini ne prétend pas au réalisme, mais à une sorte de choc des cultures dont doit émerger pour le spectateur l'impression de l'étrangeté. Décors, costumes, nombreux figurants très caractérisés, emploi de langues étrangères méconnaissables et non traduites, le tout au service d'un scénario peu narratif organisé en une succession de tableaux plus ou moins oniriques, campent un monde à la fois proche et terriblement éloigné du nôtre, où la distanciation permet un passionnant effet de miroir. La confrontation des personnages avec un monde encore empli de mystères et de rites, et la réflexion sur la décadence de la civilisation pose des problèmes éternels et bien évidemment toujours insolubles.

Berlioz cherche dans une tout autre voie. Homme du XIXe siècle, il veut faire du tragique qui parle à ceux de son temps, c'est-à-dire une tragédie nourrie de valeurs chrétiennes et non exempte d'un certain orgueil. Heureusement qu'ils sont ces mêmes Troyens que l'on connaît d'Euripide ou d'Homère ; pour peu, on ne les reconnaîtrait pas. Travaillant moi-même sur une tragédie de Cassandre, je me suis bien évidemment retrouvé face au problème de vraisemblance posé par le peu de confiance que lui accordent ses pairs. Il me semble essentiel d'en faire quelque chose, ce qu'on veut, mais quelque chose qui porte du sens ! Or, Berlioz se contente de lui faire répéter à Chorèbe que s'il l'aime il doit partir, que la mort les attend, et lui de répondre qu'il ne faut plus rien craindre. La catastrophe inévitable arrive, et - pour moi qui fus toujours du côté des Troyens contre les Grecs - je me surprends à trouver leur foule bête et vulgaire, et à justifier leurs malheurs. Loin de la magnifique ironie de Cassandre chez Euripide, elle se suicide ici pour ne pas être souillée par la main grecque - que tout cela est chrétien -, imitée par ses soeurs troyennes. Puis la fuite de Troie, l'arrivée d'Énée à Carthage, où sitôt Didon séduite, un Mercure monomaniaque lui rappelle son devoir de trois impérieux "Italie !" assénés sans un mot d'explication. Aussitôt, Énée reprend son voyage, tandis que Didon n'en finit pas de se poignarder sur un bûcher qui ne s'allume pas, avec des choeurs à mi-chemin entre les vierges de quelque Maciste et une monstrueuse régurgitation de la Marseillaise mal digérée - à supposer que musique aussi délicate pût jamais l'être.

Berlioz, prétentieux ? Sans doute, si l'on songe à Wagner, dont il n'a ni la profondeur, ni l'universalité. On comprend surtout en voyant l'opéra du compositeur français, ce que l'emprunt à la mythologie et à l'antique finit par avoir de rebutant pour les romantiques, emprunt qui d'ailleurs ne retrouvera ses lettres de noblesse qu'au XXe siècle, sous l'apport de nouvelles approches soit plus littérales, soit plus stylisées. L'épure devait encore être le remède, et la mesure.

Qu'on se rappelle que sont frappés de châtiment tous ceux qui s'abandonnent à l'hybris, la démesure, péché fondamental chez les Grecs ; or notre Berlioz ne pèche-t-il pas un peu par cet excès d'orgueil, cette aspiration à l'absolu (personnages absolument majestueux, absolument incontestables, absolument malheureux, absolument inhumains), ce goût de la boursouflure ? Chez Racine aussi, les personnages sont sublimes, pourrait-on m'opposer. Mais la subtilité de la langue, l'ambiguïté des personnages, la dialectique entre raison et passion, devoir et amour, déplacent l'enjeu à d'autres niveaux que le seul pathos.

Hommes du XXIe siècle, profitons de l'exemple : la mesure serait sans doute la plus grande leçon grecque à réintégrer dans nos conceptions de la vie. Tout le monde passe son temps à peser le pour et le contre, à opposer le bien et le mal. N'y a-t-il donc plus ni temps ni place pour ceux qui chercheraient le chemin au milieu ?

samedi 09 septembre 2006, a 19:17
Nuisances sonores

  Ma mère a eu hier l'idée - saugrenue diront certains - de mettre un disque de Schubert. Elle n'est pas musicienne, mélomane à ses heures, et l'envie lui a pris pour égayer son repassage d'écouter un peu de piano et de musique de chambre. Il devait être huit heures du soir, allez, neuf, soyons magnanime, neuf heures donc d'une journée très douce, invitant à laisser les fenêtres ouvertes... Que n'avait-elle pas fait là ? Dès le premier climax de la Truite (!!!) les voisins lui ont fait savoir que cette musique n'était pas de leur goût par des hurlements tout sauf cordiaux... Comme quoi la musique adoucit les moeurs, surtout les divines longueurs de Schubert. Nous retenterons l'expérience avec d'autres répertoires. Peut-être Stockhausen ou Lully auront-ils plus de succès ?

vendredi 08 septembre 2006, a 15:42
La mort de l'art

Amis du lyrique, réjouissez-vous : les décès se succèdent cette année chez les vieux "grands" chanteurs. Après Birgit Nilsson, Elisabeth Schwarzkopf et Leopold Simoneau, c'est au tour d'Astrid Varnay de laisser descendre définitivement le rideau. Ça ne doit pas affliger grand monde, car il s'agit de vieilles dames et d'un vieux monsieur qui n'intéressent plus que quelques collectionneurs de rarities ou d'enregistrements historiques pleins de craquements. Il y aurait pourtant de quoi, car chacun à sa manière n'a jamais été remplacé. Polaski ou Watson ne sont certes pas Nilsson ou Varnay, pas plus que Véronique Gens n'est Schwarzkopf ou Bostridge Simoneau. Mais notre temps ne veut plus de ces artistes démodés, rabat-joie, qui ne pensaient qu'au travail, quitte à laisser leur vie personnelle (ou leur plaisir) de côté. L'art n'est plus un sacerdoce, il est un loisir. Ne nous prenons surtout pas trop la tête, chantons pour le fun, écoutons de même, et les derniers feux du crépuscule des vieux seront bientôt éteints sans que personne n'en ait éprouvé la moindre amertume. Alleluia.

Présentation
Ganymède, le divin échanson cueilli par Zeus tandis qu'il paissait ses troupeaux sur les pentes de l'Ida de Troade. Il devait lui verser le nectar en place d'Hébé, la déesse de la jeunesse, et cela convient bien à notre temps — le monde est-il si vieux ? L'auteur empruntera donc sa signature pour ces lignes intermittentes sur la vie et l'esprit. En toutes solitude et liberté.

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