Actualité oblige, les commémorations de la chute du Mur de Berlin n'ont
pas manqué de nous intéresser : on ne peut qu'être ému devant le grand
vent de liberté et d'espoir qui a soufflé sur l'Allemagne et sur
l'Europe en général en 1989.
Mais comme toujours, nous gardons un soupçon de méfiance à l'égard des
médias et des politiques qui diffusent largement le message à notre
sens subversif selon lequel le triomphe du capitalisme a constitué un
bien incontestable.
D'abord, rappelons que le Mur n'a pas été érigé pour les principes du
communisme - autrement dit le partage de la richesse entre tous les
citoyens au mépris des classes sociales - mais pour les besoins de la
dictature. L'amalgame est aujourd'hui courant, mais le fait est que
l'Histoire ne donne pas d'exemple de régime communiste qui n'ait pas
été soutenu par la dictature. A cela une raison évidente : presque
partout, le communisme a été institué dans la révolution, ou imposé de
l'extérieur, autrement dit dans l'urgence et dans l'instabilité, et il
a donc dû - ou voulu - consolider ses fondements dans la population.
Personne ne peut dire ce que serait une société communiste qui aurait
fait démocratiquement ce choix. Les régimes communistes qui ont existé
ont tous trahi l'esprit fondamental du communisme en instituant un état
fort et élitiste, aristocratique au sens étymologique, alors que la
logique aurait voulu un état plus représentatif du peuple et moins
installé dans ses privilèges. Le communisme devrait en théorie être un
système encore plus démocratique que le capitalisme, car alors que
celui-ci exalte la réussite sociale et l'accession à une position
aristocratique, celui-là refuse la confiscation du pouvoir au peuple.
Pour aller plus loin, on osera ici imaginer que peut-être pour nombre
de Berlinois appelant de leurs voeux la destruction du Mur, étaient
plus en attente de liberté que de capitalisme. Bien sûr, on peut
toujours ironiser sur les méprisables biens de consommation de
l'ex-RDA. Mais d'une part, on peut se demander philosophiquement si le
matérialisme inhérent à la société de consommation est vraiment un
progrès social, et si on rend la population plus heureuse en lui
donnant des objets toujours plus modernes et toujours plus éphémères.
En outre, l'évolution catastrophique de la gestion de la croissance et
son impact sur l'environnement incitent, nous semble-t-il, à quelque
modestie de la part des tenants du tout-consommable.
Enfin, on rappellera ici qu'à l'instar du défaut structurel du
communisme qui fait que l'absence de compétition ne motive pas les
citoyens à travailler puisque leur salaires n'est pas - ou peu -
proportionnel à leur productivité, le capitalisme comporte son lot
d'aberrations : la plus irréductible à notre sens concerne le mécanisme
de fabrication de la richesse. Un laboratoire fabrique des médicaments
et sa fonction est de guérir les gens. Or il ne s'enrichit qu'en
commercialisant des médicaments, donc que si des gens les achètent,
autrement dit s'ils sont malades. L'intérêt du laboratoire est ainsi en
conflit avec sa fonction, ce qui implique que le capitalisme est un
système inopérant, notamment dans la durée. On sait le mépris de notre
temps pour le long terme, et il faut sans doute y voir l'origine du
discours unique sur la croissance et le capitalisme, seul système qui
fabrique de la richesse. Mais la réalité, c'est aussi que le
capitalisme ne peut structurellement pas déboucher sur quoi que ce soit
de durable ; il aspire à l'insatisfaction des besoins, ou à la
substitution immpédiate de tout besoin satisfait par un nouveau artificiellement inventé pour développer un nouveau secteur d'activité.
Personnellement, l'effondrement d'un contre-pouvoir, d'un autre modèle,
ne nous paraît pas une bonne chose. Ce qui est une bonne chose, c'est
la liberté qui a renversé la dictature. Mais le triomphe partout sur
terre de la société de consommation nous semble plutôt une catastrophe
dont les retombées sont encore difficilement mesurables mais qui ne
manqueront pas de se manifester à travers ses conséquences écologiques
entre autres. Quant au niveau humain, rappelons que tous les citoyens
d'ex-RDA ne sont pas absolument convaincus que la société d'aujourd'hui
apporte plus de bonheur qu'avant. Le modèle était autre, pas dans la
possession matérielle, plus dans la solidarité, et beaucoup de citoyens
ont pu vivre en adéquation avec cet idéal. S'il n'y avait pas eu la
dictature, qui peut affirmer que le Mur aurait été érigé puis abattu ?
Très belle découverte que Die Welle - en français La Vague - qui donne à réfléchir sur les phénomènes communautaires et les dérives autocratiques.
Il ne faut pas s'appuyer sur une fiction, fût-elle basée sur du un fait réel, pour en tirer des conséquences générales, mais le film m'a interpellé pour la raison suivante : on parle souvent de la manière dont les Nazis ont pu laver le cerveau à un peuple entier, on évoque la terreur, l'endoctrinement, l'idéologie pangermaniste et ses applications dans la propagande, l'antisémitisme, on accuse le peuple allemand d'être mauvais, etc. Or, ce qu'on voit dans ce film, c'est la constitution d'un groupe SANS IDÉOLOGIE, autrement dit qui n'a aucune revendication, aucune autre raison de se rassembler que le fait de l'avoir décidé pour un atelier au lycée. Et ce communautarisme, la simple existence d'un groupe avec ses codes de groupe (uniforme, salut) mais pas de propos, pas d'objet, pas d'idéal, aboutit à un besoin d'affirmation par rapport aux autres qui débouche sur de la violence.
Il ne m'était jamais apparu que le simple fait de dire au peuple allemand "rassemblons-nous" pouvait en soi ouvrir les portes à un débordement de violence et d'incommunicabilité entre les peuples.
"Je ne crois pas assez à la raison pour souscrire au progrès, ni à
aucune philosophie de l'Histoire. (…) Nous avons à résoudre ce qui est
déchiré, à rendre la justice imaginable dans un monde si évidemment
injuste, le bonheur significatif pour des peuples empoisonnés par le
malheur du siècle. (…) Sachons donc ce que nous voulons, restons fermes
sur l'esprit, même si la force prend pour nous séduire le visage d'une
idée ou du confort. (…) Nous ne gagnerons pas notre bonheur avec des
symboles. (…) Ce monde est empoisonné de malheurs et semble s'y
complaire. Il est tout entier livré à ce mal que Nietzsche appelait
l'esprit de lourdeur. N'y prêtons pas la main. Il est vain de pleurer
sur l'esprit, il suffit de travailler pour lui.
Mais où sont les vertus conquérantes de l'esprit ? Le même Nietzsche
les a énumérées comme les ennemis mortels de l'esprit de lourdeur. Pour
lui, ce sont la force de caractère, le goût, le "monde", le bonheur
classique, la dure fierté, la froide frugalité du sage. Ces vertus,
plus que jamais, sont nécessaires et chacun peut choisir celle qui lui
convient. Devant l'énormité de la partie engagée, qu'on n'oublie pas en
tout cas la force de caractère. Je ne parle pas de celle qui
s'accompagne sur les estrades électorales de froncements de sourcils et
de menaces."
À méditer en ces temps de politique bruyante et au sens parfois douteux.
C'est le titre d'un documentaire diffusé sur Arte mardi dernier, et visible en ligne encore quelques jours.
Où l'on apprend que l'agence alimentaire américaine est au service du géant américain des biotechnologies ; que ledit géant est champion du monde de l'intox, du mensonge et de la manipulation ; que les intérêts économiques de la filière sont aux yeux des autorités américaines une priorité devant qui toute question sanitaire est insignifiante ; que le monopole mondial du maïs est pour bientôt ; que des millions d'américains boivent en même temps que leur litre de lait quotidien du pus et des antibiotiques à cause des hormones de croissance, du reste tout à fait inutiles au vu de la surproduction américaine dans ce domaine ; etc.
Édifiant ! De quoi alimenter la polémique sur les OGM et de manière plus générale sur l'agro-alimentaire dans le monde, et se poser cette question de fond : pourquoi les OGM, et surtout pour qui ? Pour les agriculteurs ? Pour les consommateurs ? Pour les scientifiques ? Ou pour Monsanto ?
Quel dommage ! À quelques jours près, débordé que nous sommes par des occupations nous ayant retenu loin de ces lignes, nous allions écrire nos premiers mots approbateurs envers Nicolas Sarkozy suite à un Grenelle de l’environnement certes éloigné des utopies propres à nous donner le frisson, mais tout de même plus encourageant que ce qu’on attendait, sur la plupart des sujets abordés. Il faut reconnaître qu’on espérait moins d’engagement, par exemple sur le nucléaire et les OGM. Et quoi ? Précédant notre réaction pour une fois positive, le président nous gratifie d’une de ses brillantes saillies, et propose d’augmenter son propre salaire afin qu’il égale celui du premier ministre, soit 19000 euros brut par mois, alors qu’il ne touche à l’heure actuelle que 6000 « petits » euros net. Et d’arguer qu’il fait ce choix par souci de transparence (on ne voit pourtant pas le rapport) et d’égalité (mais alors pourquoi ne pas abaisser celui du ministre ?).
Il est amusant de constater qu’en même temps qu’on aligne les régimes spéciaux sur le régime général (donc par le bas), on aligne les salaires de nos dirigeants par le haut. Dans le même temps, le budget de l’Élysée passe de 68 à 100 millions d’euros, excusez du peu. N’importe, il se trouvera bien quelques naïfs pour trouver le rapport entre transparence et bénéfices personnels, telle cette brave femme qui l’autre soir à la télévision affirmait avoir voté pour Sarkozy et ne pas comprendre son choix d’instaurer la franchise sur les dépenses de santé. Mais Madame, il faut lire les programmes avant de voter ! Ce qui rejoint une réaction sur ce blog à l’article L'épineuse question de la taille à propos du permis de voter, dont je ferai un prochain sujet dans ces lignes.
Quelques réflexions suite à ma visite des grands chantiers architecturaux du Führer à Nuremberg, et du très complet centre de documentation y afférent - en allemand, Dokumentationszentrum Reichsparteitagsgelände - dont l'exposition permanente dans les lieux de l'inachevée Kongresshalle est à la fois très instructive et édifiante. On y découvre une mine d'informations sur les journées du parti, leur organisation, leur perception par le public, leur cadre, ainsi que des modèles permettant d'imaginer ce qu'aurait été le quartier si les projets avaient été achevés. On l'aura deviné, le syndrome de la taille n'épargnait pas les architectes nazis, et plus le chantier était grand et mastoc, plus il plaisait. À croire que là encore tout est affaire de taille, et qu'on récolte plus de suffrages en promettant d'être le plus grand, le plus fort, le plus riche, que sais-je encore ? qu'à chercher à être le plus intelligent, le plus tolérant, le plus idéaliste, le plus esthète. J'ai entendu un jour à la radio un philosophe expliquer qu'il croyait à la nature régressive de l'homme, à la tendance de chacun à plutôt se laisser aller à la facilité et au recul que se contraindre à progresser et s'améliorer. Cette exposition m'y a fait penser, parce que le nazisme a montré qu'on inflige plus facilement un effort physique au nom d'une idéologie prémâchée et flatteuse, que l'on ne contraint quelqu'un à un effort intellectuel. Quqnd on y pense, cela fait peur, et il me semble que c'est là le véritable chantier pour l'humanité. La faiblesse idéologique de la campagne présidentielle en France me paraît tout à fait dans cette continuité : l'image, l'habileté à galvaniser la foule restent les seules valeurs efficaces en politique. Le monde n'a peut-être pas tant changé que cela...
Le réseau Sortir du nucléaire
publie un rapport EDF édifiant sur le risque sismique concernant
plusieurs centrales nucléaires de son parc. Difficile de vérifier la
provenance de ce rapport, mais une information tout de même très
préoccupante. EDF aurait manoeuvré pour étouffer les résultats d'études
scientifiques très sérieuses, aurait ensuite refusé de payer pour les
travaux à faire pour améliorer la situation. Plus d'informations sur le
site.
Le réseau avait déjà il y a peu publié un guide très intéressant sur le
réacteur ITER et la fusion nucléaire, technique vraisemblablement
impossible à mettre en oeuvre dans un délai réaliste, et de plus
horriblement coûteuse et polluante tant qu'elle ne sera pas au point.
Le projet ITER en soi n'est d'ailleurs pas du tout productif, son but
étant seulement de montrer qu'on peut exploiter la fusion quelques
secondes sur Terre, et produire pendant 6 à 7 minutes 10 fois plus
d'énergie qu'il n'en consomme, tout cela pour la modique somme de 10
milliards d'euros. Sans parler des risques environnementaux (2kg de
tritium dans le réacteur, à 10 millions de dollars le kilo, peuvent
tuer 2 millions de personnes, plus la radioactivité 10 fois supérieure
à une centrale à fission), aucun matériau connu ne résisterait à la
fusion et on emploierait un champ magnétique, mais ce dernier ne bloque
pas les neutrons, lesquels heurteront à leur tour une paroi dans un
matériau hypothétique qui pourrait résister… Bref, promis depuis
1950, le réacteur à fission n'est pas près de voir le jour. Il présente
en plus le risque que le tritium, à l'heure actuelle très difficile à
produire, devienne plus facile à se procurer. Le tritium, c'est
l'ingrédient magique qui fait d'une bombe nucléaire une bombe H, 10
fois plus puissante.
Autant dire que ce n'est pas l'énergie de l'avenir, car elle ne pourra
jamais être mise en oeuvre dans des pays pauvres et restera toujours
dangereuse et difficile à exploiter, polluante en déchets radioactifs,
à supposer qu'elle soit un jour exploitable. Une fois de plus, nos
politiques s'illustrent par leur ambition, leur soif de sensationnel,
et leur mépris de l'efficacité et du travail de fond.
L'écologie a encore de belles années devant elle… Et il faudra encore avaler beaucoup de noyaux (d'atomes) pour goûter les fruits de l'énergie miracle.
Ça y est, la France qui se lève tôt est en route, rien ne l'arrêtera plus. Son mentor, à peine élu, renouvelle son serment d'allégeance aux Français : "je ne vous trahirai pas, je ferai ce que j'ai dit". Il a bien raison, vas-y Nicolas, fais comme tu as dit : tu les emmerdes, ceux qui se dressent sur ton chemin et qui ne partagent pas ta manière de voir la vie.
Alors, d'abord les Bulgares. Ils nous les cassent, avec leurs infirmières. Du coup elles sont devenues libyennes dans ta bouche, et qu'on ne vienne pas te rappeler que tu étais tellement mortifié par leur sort que tu étais prêt à aller les chercher en personne s'il le fallait.
Ensuite, ta retraite dans un monastère - on était déjà prêt à monter au créneau pour la laïcité - mais non, sublime diversion d'un homme politique jamais à cours de ressources, finalement un bon vieux temple capitaliste, le Fouquet's puis le yacht de ton pote Bolloré, c'est plus sain, et pour les photos dans Paris Match ça ira tout seul. Bien sûr, nous n'aurons pas l'indécence de demander qui paie la facture, hein, on est entre amis, on sait parfaitement que le contribuable n'aura pas à mettre la main à la poche, pas plus que toi, c'est gracieusement offert par tous tes amis, ils te doivent bien ça vu tous les cadeaux que tu vas leur faire de notre part à nous, la France qui ne se lève pas tôt. En surfant un peu au hasard, je suis tombé bien sûr sur des commentaires désobligeants, qui trouvaient cela obscène d'afficher un tel luxe. "Ça m'indigne", a même réagi Vincent Peillon. "Lorsque l'on a critiqué la
société d'assistance, M. Sarkozy semble être assisté mais par les
milliardaires qui lui prêtent leur jet privé, qui l'accueillent dans
les yachts". "On n'a jamais
vu à ce point quelqu'un qui affiche de façon très provocatrice le goût
de l'argent et sa proximité avec les milieux d'affaires". Que les gens sont méchants avec toi ! Il y a même un internaute qui commente en regrettant son vote à droite et en demandant pardon à Ségolène, quelles girouettes ces Français !
Tu auras fort à faire pour les pacifier en tout cas, parce que pour le moment la paix sociale n'est pas au rendez-vous, et tu as fait ce qu'il fallait… On va bien rigoler la prochaine fois que tu iras à Argenteuil !
Bon allez, j'arrête, je ne voudrais pas gâcher tes retrouvailles avec ton ami Johnny, pas du tout rapace, lui qui était saigné par l'impôt français et qui "travaillait" 9 mois sur 12 pour l'État. C'est une vraie connivence avec toi, ça, un vrai point commun, vous n'aimez pas travailler pour l'État, mais plutôt pour vous. Enfin, avec ton bouclier fiscal, il va être heureux et épanoui. C'était une mesure urgente, c'est vrai, quand on voit tous ces malheureux qui se lèvent tôt pour gagner le SMIC et qui paient 60% d'impôts, ça va les soulager… Ah non, je me trompe, ça n'est pas 60% pour le SMIC ? Ah, c'est juste pour les "riches"… Ah je comprends, je m'étais trompé, pendant un moment j'ai cru que j'avais eu tort de voter Ségolène…
Après la victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles, et
pendant la grande fête donnée en son honneur Place de la Concorde, le
son était tout autre Place de la Bastille. Ce n'est pas la concorde
nationale qui régnait là, mais un affrontement musclé entre CRS et
manifestants anti-Sarkozy. Pavés, canons à eau, bombes lacrymogènes,
bris de verre, véhicules incendiés, tout était là pour rappeler à
l'heureux Président que l'héritage de mai 1968 a la vie dure, et qu'il
aura encore du chemin à faire avant d'être le président de tous les
Français. Mais quoi ? Qui sème le vent récolte la tempête, et l'on ne
passe pas la campagne à expliquer à la moitié des électeurs que l'autre
moitié est constituée de voleurs sans créer quelque animosité.
Monsieur le Président de la République,Malgré tous nos efforts et nos souhaits, vous êtes arrivé au faîte de l'État. Vous avez fait ce qu'il fallait pour cela. Vous avez semé sur la peur et l'ignorance de la population, vous avez agité maint épouvantail en même temps qu'une résolution affichée - à défaut de projet - pour l'exorciser, vous avez divisé un peuple déjà au bord de la rupture, vous avez désigné des responsables à tous les maux, dressé les bons contre les méchants, appelé tous les communautarismes à vous, prêché l'action politique musclée mais éphémère, le faux parler vrai, la pseudo-responsabilité des dirigeants, vous avez promis bruyamment le plein emploi, la sécurité, la croissance à 5%, les baisses d'impôts de 4 points, le pacte écologique de Nicolas Hulot, tout en sachant qu'une promesse électorale "n'engage que celui qui la croit".Vous avez "ramené les électeurs du FN dans le giron de la droite républicaine" en épousant le discours de Jean-Marie Le Pen, vous avez exercé un chantage très démocratique sur les députés UDF, vous avez dragué les ouvriers qui ont un travail épuisant avec les heures supplémentaires, les fonctionnaires en ne renouvelant pas leurs effectifs, les écolos à coups d'EPR sans dialogue, les précaires en renvoyant les syndicats à leur impuissance politique, et, chose improbable et merveilleuse entre toutes, qui en dit long peut-être sur le discernement de nos concitoyens, vous avez été élu.Ils vous ont fait confiance, malgré votre bilan discutable, malgré vos contradictions devant lesquelles aucun de vos amis des médias ni aucun de vos médiocres adversaires n'a su vous remettre, malgré vos promesses intenables, malgré vos mensonges déjà avérés, vos retournements de veste, votre arrivisme, votre irrespect de la loi quand il vous plaît - Neuilly et les logements sociaux - votre discours idéologique sur l'inné et l'acquis qui n'avait pas sa place dans une campagne, vos signes religieux extérieurs dans l'exercice de vos fonctions, vos abus de pouvoir, vos colères, vos censures, vos incompétences manifestes sur certains dossiers tels l'environnement, votre atlantisme, votre soutien à la guerre de profit de l'administration Bush en Irak, votre soutien aux entreprises du CAC 40, votre démagogie en un mot.Mais nous ne vous avons pas fait confiance, et nous ajoutons que toute notre défiance accompagnera votre mandat. Nous aurons à coeur de relever et de diffuser vos échecs et vos mensonges. Nous voulons croire que vous serez le merveilleux président que vous avez promis, mais nous peinons à nous en convaincre, et nous attendrons avec le plus grand scepticisme que vous fassiez vos preuves.Prochain bilan dans 5 ans, donc. Réjouissez-vous, votre parole prophétique s'est réalisée : "la France s'est toujours donnée à celui qui la désirait le plus". Or il est incontestable qu'à l'aune de l'ambition, aucun candidat et pour encore de longues années ne pourra vous contester le pouvoir. Mais de grâce, épargnez-nous vos discours compatissants et préoccupés sur la gravité de votre responsabilité, et pour changer, agissez, vous le candidat de l'action. Troquez un peu vos actions médiatiques pour du travail de fond, et l'on verra de quoi vous êtes capable. Et aussi de quoi vous êtes incapable.
Gorgias toujours, sur le problème du rôle de l'homme politique dans la cité. J'avoue que le parallèle avec Sarko m'a sauté aux yeux…
SOCRATE Ce n’est pas pour avoir le dessus que je t’interroge, c’est parce que j’ai un véritable désir de savoir ton opinion sur la manière dont il faut traiter la politique chez nous. T’occuperas-tu, une fois arrivé aux affaires, d’autre chose que de faire de nous des citoyens aussi parfaits que possible ? N’avons-nous pas déjà reconnu mainte fois que tel était le devoir de l’homme d’État ? L’avons-nous reconnu, oui ou non ? Réponds. Oui, nous l’avons reconnu, puisqu’il faut que je réponde pour toi. Si donc tel est l’avantage que l’homme de bien doit ménager à sa patrie, rappelle-toi les hommes dont tu parlais tout à l’heure et dis-moi si tu crois toujours qu’ils ont été de bons citoyens, les Périclès, les Cimon, les Miltiade, les Thémistocle.
CALLICLÈS Oui, je le crois.
SOCRATE S’ils étaient bons, il est évident que chacun d’eux rendait ses concitoyens meilleurs qu’ils n’avaient été jusqu’alors. Le faisaient-ils, ou non ?
CALLICLÈS Oui.
SOCRATE Donc, lorsque Périclès commença à parler en public, les Athéniens étaient moins bons que lorsqu’il prononça ses derniers discours ?
CALLICLÈS Peut-être.
SOCRATE Ce n’est pas peut-être, excellent Calliclès, c’est nécessairement qu’il faut dire, d’après les principes que nous avons reconnus, s’il est vrai que cet homme d’État était un bon citoyen.
CALLICLÈS Et après ?
SOCRATE Rien. Mais réponds encore à cette question : les Athéniens passent-ils pour être devenus meilleurs grâce à Périclès, ou, au contraire, ont-ils été corrompus par lui ? J’entends dire en effet que Périclès a rendu les Athéniens paresseux, lâches, bavards, et avides d’argent, en établissant le premier un salaire pour les fonctions publiques .
CALLICLÈS C’est aux laconisants aux oreilles déchirées que tu as entendu dire cela, Socrate.
SOCRATE Eh bien, voici une chose que je n’ai pas apprise par ouï-dire, mais que je sais positivement et toi aussi, c’est qu’au début, Périclès avait une bonne réputation et que les Athéniens ne votèrent contre lui aucune peine infamante, au temps où ils avaient moins de vertu, mais lorsqu’ils furent devenus d’honnêtes gens grâce à lui, vers la fin de sa vie, ils le condamnèrent pour vol ; ils faillirent même lui infliger la peine de mort, évidemment parce qu’ils le jugeaient méchant.
CALLICLÈS Eh bien, Périclès était-il méchant pour cela ?
SOCRATE En tout cas, un gardien d’ânes, de chevaux ou de bœufs serait jugé mauvais s’il était dans le cas de Périclès, si, ayant reçu à garder des animaux qui ne ruaient pas, qui ne frappaient pas de la corne, qui ne mordaient pas, il les avait rendus sauvages au point de faire tout cela. Ne tiens-tu pas pour mauvais tout gardien d’animaux, quels qu’ils soient, qui, les ayant reçus plus doux, les a rendus plus sauvages qu’il ne les a reçus ? Est-ce ton avis, ou non ?
CALLICLÈS Oui, pour te faire plaisir.
SOCRATE Fais-moi donc encore le plaisir de répondre à ceci l’homme fait-il, ou non, partie des animaux ?
CALLICLÈS Sans doute.
SOCRATE Or, c’était des hommes que Périclès avait à conduire ?
CALLICLÈS Oui.
SOCRATE Eh bien, n’auraient-ils pas dû, comme nous venons d’en convenir, devenir par ses soins plus justes qu’ils ne l’étaient avant, si Périclès avait pour les diriger les qualités d’un homme d’État ?
CALLICLÈS Certainement.
SOCRATE Or les justes sont doux, au dire d’Homère. Qu’en dis-tu ? N’est-ce pas ton avis ?
CALLICLÈS Si.
SOCRATE Cependant il les a rendus plus féroces qu’il ne les avait reçus, et cela contre lui-même, le dernier qu’il eût voulu voir attaquer.
CALLICLÈS Tu veux que je te l’accorde ?
SOCRATE Oui, s’il te paraît que je dis la vérité.
CALLICLÈS Soit donc.
SOCRATE Mais en les rendant plus féroces, il les a rendus plus injustes et plus mauvais ?
CALLICLÈS Soit.
SOCRATE A ce compte, Périclès n’était donc pas un bon politique ?
CALLICLÈS C’est toi qui le dis.
SOCRATE Et toi aussi, par Zeus, si je m’en rapporte à tes aveux. Mais maintenant parlons de Cimon. N’a-t-il pas été frappé d’ostracisme par ceux dont il prenait soin, pour que de dix ans ils n’eussent plus à entendre sa voix ? Et Thémistocle n’a-t-il pas été traité de même et de plus condamné à l’exil ? Quant à Miltiade, le vainqueur de Marathon, n’avaient-ils pas voté qu’il serait jeté dans le barathre et, sans le prytane, n’y aurait-il pas été précipité ? Si cependant tous ces hommes avaient eu la vertu que tu leur attribues, ils n’auraient jamais été traités de la sorte. Il n’est pas naturel que les bons cochers restent fermes sur leur char au début de leur carrière et qu’ils en tombent juste au moment où ils ont dressé leurs chevaux et sont devenus eux-mêmes plus habiles. C’est ce qui n’arrive ni dans l’art de conduire un attelage, ni dans aucun autre. N’est-ce pas ton avis ?
CALLICLÈS Si.
SOCRATE Nous avions donc raison, à ce qu’il paraît, quand nous disions dans nos précédents discours qu’il n’y avait jamais eu, à notre connaissance, de bon politique dans notre ville. Tu avouais toi-même qu’il n’y en a point parmi nos contemporains, mais qu’il y en avait eu jadis et à ceux-là tu donnais une place à part. Mais nous avons reconnu qu’ils étaient exactement pareils à ceux de nos jours, en sorte que, s’ils ont été des orateurs, ils n’ont fait usage ni de la véritable rhétorique, autrement ils n’auraient pas été renversés, ni de la rhétorique flatteuse.
CALLICLÈS Il s’en faut pourtant de beaucoup, Socrate, qu’aucun des politiques d’aujourd’hui ait jamais fait quelque chose de comparable aux œuvres de l’un quelconque de ceux-là.
SOCRATE Moi non plus, mon admirable ami, je ne les blâme pas, en tant que serviteurs de l’État. Je crois même qu’à ce titre ils ont été supérieurs à ceux d’aujourd’hui et plus habiles à procurer à la cité ce qu’elle désirait. Mais pour ce qui est de faire changer ses désirs et d’y résister, en l’amenant par la persuasion ou par la contrainte aux mesures propres à rendre les citoyens meilleurs, il n’y a, pour ainsi dire, pas de différence entre ceux-ci et ceux-là. Or c’est là l’unique tâche d’un bon citoyen. A l’égard des vaisseaux, des murailles, des arsenaux et de beaucoup d’autres choses du même genre, je conviens avec toi qu’ils ont été plus habiles à en procurer que ceux d’aujourd’hui. Cela étant, nous faisons, toi et moi, à discuter ainsi, une chose ridicule : depuis le temps que nous conversons, nous n’avons pas cessé de tourner dans le même cercle, sans nous entendre l’un l’autre. En tout cas, je suis sûr que tu as plus d’une fois avoué et reconnu qu’il y a deux manières de traiter le corps et l’âme : l’une servile, par laquelle il est possible de procurer au corps, s’il a faim, des aliments ; s’il a soif, des boissons ; s’il a froid, des vêtements, des couvertures, des chaussures, bref, tout ce que le corps peut désirer. C’est à dessein que j’emploie les mêmes exemples, afin que tu me comprennes plus facilement. Quand on est en état de fournir ces objets, soit comme négociant ou marchand au détail, soit comme fabricant de quelqu’un de ces mêmes objets, boulanger, cuisinier, tisserand, cordonnier, tanneur, il n’est pas surprenant qu’en ce cas on se regarde soi-même et qu’on soit regardé par les autres comme chargé du soin du corps, si l’on ne sait pas qu’outre tous ces arts il y a un art de la gymnastique et de la médecine qui constitue la véritable culture du corps, et auquel il appartient de commander à tous ces arts et de se servir de leurs produits, parce qu’il sait ce qui, dans les aliments ou les boissons, est salutaire ou nuisible à la santé du corps, et que tous les autres l’ignorent. C’est pour cela qu’en ce qui regarde le soin du corps, ces arts sont réputés serviles, bas, indignes d’un homme libre, tandis que la gymnastique et la médecine passent à bon droit pour être les maîtresses de ceux-là. Qu’il en soit de même en ce qui concerne l’âme, tu sembles le comprendre au moment même où je te le dis et tu en conviens en homme qui a compris ma pensée ; mais, un moment après, tu viens me dire qu’il y a d’honnêtes citoyens dans notre ville, et, quand je te demande lesquels, tu mets en avant des hommes qui me paraissent exactement tels en matière de politique que, si, interrogé par moi, en matière de gymnastique, sur ceux qui ont été ou sont habiles à dresser les corps, tu me citais avec le plus grand sérieux Théarion, le boulanger, Mithaïcos, celui qui a écrit sur la cuisine sicilienne, et Sarambon, le marchand de vin, parce qu’ils s’entendent merveilleusement à prendre soin du corps, en apprêtant admirablement, l’un le pain, l’autre les ragoûts et le troisième le vin. Peut-être t’indignerais-tu si je te disais : Tu n’entends rien, l’ami, à la gymnastique. Tu me nommes des gens qui sont des serviteurs et des pourvoyeurs de nos besoins, mais qui n’entendent rien à ce qui est beau et bon en cette matière. Le hasard peut faire qu’ils remplissent et épaississent les corps de leurs clients et qu’ils soient loués par eux ; mais ils finiront par leur faire perdre même leur ancienne corpulence. Ceux-ci, de leur côté, sont trop ignorants pour accuser ceux qui les régalent d’être les auteurs de leurs maladies et de la perte de leur poids primitif ; mais, si par hasard il se trouve là des gens qui leur donnent quelque conseil, au moment où les excès qu’ils ont faits sans égard pour leur santé auront longtemps après amené la maladie, ce sont ceux-là qu’ils accuseront, qu’ils blâmeront, qu’ils maltraiteront, s’ils le peuvent, tandis que, pour les premiers, qui sont la cause de leurs maux, ils n’auront que des éloges. Toi, Calliclès, tu agis exactement comme eux. Tu vantes des hommes qui ont régalé les Athéniens en leur servant tout ce qu’ils désiraient, et qui ont, dit-on, agrandi l’État. Mais on ne voit pas que l’agrandissement dû à ces anciens politiques n’est qu’une enflure où se dissimule un ulcère. Car ils n’avaient point en vue la tempérance et la justice, quand ils ont rempli la cité de ports, d’arsenaux, de remparts, de tributs et autres bagatelles semblables. Quand viendra l’accès de faiblesse, les Athéniens accuseront ceux qui se trouveront là et donneront des conseils, mais ils n’auront que des éloges pour Thémistocle, pour Cimon, pour Périclès, auteurs de leurs maux. Peut-être est-ce à toi qu’ils s’attaqueront, si tu n’y prends garde, ou à mon ami Alcibiade, quand avec leurs acquisitions ils perdront leurs anciennes possessions, quoique vous ne soyez pas les auteurs du mal, mais seulement peut-être des complices. Au reste, il y a une chose déraisonnable que je vois faire aujourd’hui et que j’entends dire également des hommes d’autrefois. Je remarque que, lorsque la cité met en cause un de ses hommes d’État préjugé coupable, ils s’indignent et se plaignent de l’affreux traitement qu’ils subissent. Ils ont rendu mille services à l’État, s’écrient-ils, et l’État les perd injustement. Mais c’est un pur mensonge ; car jamais un chef d’État ne peut être opprimé injustement par la cité même à laquelle il préside. Il semble bien qu’il faut mettre ceux qui se donnent pour des hommes d’État sur la même ligne que les sophistes. Les sophistes, gens sages en tout le reste, se conduisent d’une manière absurde en ceci. Ils se donnent pour professeurs de vertu et souvent ils accusent leurs disciples d’être injustes envers eux, en les privant de leur salaire et ne leur témoignant pas toute la reconnaissance due à leurs bienfaits. Or y a-t-il rien de plus inconséquent qu’un tel discours ? Des hommes devenus bons et justes par les soins d’un maître qui leur a ôté l’injustice et les a mis en possession de la justice pourraient lui faire tort avec ce qu’ils n’ont plus ! Ne trouves-tu pas cela absurde, camarade ? Tu m’as réduit, Calliclès, à faire une véritable harangue en refusant de me répondre.
Un peu de Platon pour élever le débat et faire réfléchir les électeurs… Petit extrait de Gorgias où Socrate discute de la rhétorique et de ses mérites avec le grand orateur Gorgias.
SOCRATE […] Y a-t-il quelque chose que tu appelles savoir ?
GORGIAS Oui.
SOCRATE Et quelque chose que tu appelles croire ?
GORGIAS Certainement.
SOCRATE Te semble-t-il que savoir et croire, la science et la croyance, soient choses identiques et différentes ?
GORGIAS Pour moi, Socrate, je les tiens pour différentes.
SOCRATE Tu as raison, et je vais t’en donner la preuve. Si l’on te demandait : « Y a-t-il, Gorgias, une croyance fausse et une vraie ? » tu dirais oui, je suppose.
GORGIAS Oui.
SOCRATE Mais y a-t-il de même une science fausse et une vraie ?
GORGIAS Pas du tout.
SOCRATE Il est donc évident que savoir et croire ne sont pas la même chose.
GORGIAS C’est juste.
SOCRATE Cependant ceux qui croient sont persuadés aussi bien que ceux qui savent.
GORGIAS
C’est vrai.
SOCRATE Alors veux-tu que nous admettions deux sortes de persuasion, l’une qui produit la croyance sans la science, et l’autre qui produit la science ?
GORGIAS Parfaitement.
SOCRATE De ces deux persuasions, quelle est celle que la rhétorique opère dans les tribunaux et les autres assemblées relativement au juste et à l’injuste ? Est-ce celle d’où naît la croyance sans la science ou celle qui engendre la science ?
GORGIAS Il est bien évident, Socrate, que c’est celle d’où naît la croyance.
SOCRATE La rhétorique est donc, à ce qu’il paraît, l’ouvrière de la persuasion qui fait croire, non de celle qui fait savoir relativement au juste et à l’injuste ?
GORGIAS Oui.
SOCRATE A ce compte, l’orateur n’est pas propre à instruire les tribunaux et les autres assemblées sur le juste et l’injuste, il ne peut leur donner que la croyance. Le fait est qu’il ne pourrait instruire en si peu de temps une foule si nom-breuse sur de si grands sujets.
GORGIAS Assurément non.
SOCRATE Allons maintenant, examinons la portée de nos opinions sur la rhétorique, car, pour moi, je n’arrive pas encore à préciser ce que j’en pense. Lorsque la cité convoque une assemblée pour choisir des médecins, des constructeurs de navires ou quelque autre espèce d’artisans, ce n’est pas, n’est-ce pas, l’homme habile à parler que l’on consultera ; car il est clair que, dans chacun de ces choix, c’est l’homme de métier le plus habile qu’il faut prendre. Ce n’est pas lui non plus que l’on consultera, s’il s’agit de construire des remparts ou d’installer des ports ou des arsenaux, mais bien les architectes. De même encore, quand on délibérera sur le choix des généraux, l’ordre de bataille d’une armée, l’enlèvement d’une place forte, c’est aux experts dans l’art militaire qu’on demandera conseil, et non aux experts dans la parole. Qu’en penses-tu, Gorgias ? Puisque tu déclares que tu es toi-même orateur et que tu es capable de former des orateurs, il est juste que tu nous renseignes sur ce qui concerne ton art. Sois persuadé qu’en ce moment moi-même je défends tes intérêts. Peut-être en effet y a-t-il ici, parmi les assis-tants, des gens qui désirent devenir tes disciples. Je devine qu’il y en a, et même beaucoup, mais qui peut--être n’osent pas t’interroger. Figure-toi donc, lorsque je te questionne, qu’ils te posent la même question que moi : « Que gagnerons-nous, Gorgias, si nous suivons tes leçons ? Sur quelles affaires serons-nous capables de conseiller la cité ? Sera-ce uniquement sur le juste et l’injuste ou aussi sur les sujets mentionnés tout à l’heure par Socrate ? » Essaye donc de leur répondre.
GORGIAS Oui, Socrate, je vais essayer de te dévoiler clairement la puissance de la rhétorique dans toute son ampleur ; car tu m’as toi-même fort bien montré la voie. Tu sais, je pense, que ces arsenaux et ces remparts d’Athènes et l’organisation de ses ports sont dus en partie aux conseils de Thémistocle, en partie à ceux de Périclès, et non à ceux des hommes de métier.
SOCRATE C’est ce qu’on dit de Thémistocle, Gorgias. Quant à Périclès, je l’ai entendu moi-même, quand il nous conseilla la construction du mur intérieur .
GORGIAS Et quand il s’agit de faire un de ces choix dont tu parlais tout à l’heure, Socrate, tu vois que les orateurs sont ceux qui donnent leur avis en ces matières et qui font triompher leurs opinions.
SOCRATE C’est aussi ce qui m’étonne, Gorgias, et c’est pourquoi je te demande depuis longtemps quelle est cette puissance de la rhétorique. Elle me paraît en effet merveilleusement grande, à l’envisager de ce point de vue.
GORGIAS Que dirais-tu, si tu savais tout, si tu savais qu’elle embrasse pour ainsi dire en elle-même toutes les puis-sances. Je vais t’en donner une preuve frappante. J’ai souvent accompagné mon frère et d’autres médecins chez quelqu’un de leurs malades qui refusait de boire une potion ou de se laisser amputer ou cautériser par le médecin. Or tandis que celui-ci n’arrivait pas à les persuader, je l’ai fait, moi, sans autre art que la rhétorique. Qu’un orateur et un médecin se rendent dans la ville que tu voudras, s’il faut discuter dans l’assemblée du peuple ou dans quelque autre réunion pour décider lequel des deux doit être élu comme médecin, j’affirme que le médecin ne comptera pour rien et que l’orateur sera préféré, s’il le veut. Et quel que soit l’artisan avec lequel il sera en concurrence, l’orateur se fera choisir préféra-blement à tout autre ; car il n’est pas de sujet sur lequel l’homme habile à parler ne parle devant la foule d’une manière plus persuasive que n’importe quel artisan. Telle est la puissance et la nature de la rhétorique. Toutefois, Socrate, il faut user de la rhétorique comme de tous les autres arts de combat. Ceux-ci en effet ne doivent pas s’employer contre tout le monde indifférem-ment, et parce qu’on a appris le pugilat, le pancrace, l’escrime avec des armes véritables, de manière à s’as-surer la supériorité sur ses amis et ses ennemis, ce n’est pas une raison pour battre ses amis, les transpercer et les tuer. Ce n’est pas une raison non plus, par Zeus, parce qu’un homme qui a fréquenté la palestre et qui est devenu robuste et habile à boxer aura ensuite frappé son père et sa mère ou tout autre parent ou ami, ce n’est pas, dis-je, une raison pour prendre en aversion et chasser de la cité les pédotribes et ceux qui montrent à combattre avec des armes : car si ces maîtres ont transmis leur art à leurs élèves, c’est pour en user avec justice contre les ennemis et les malfaiteurs, c’est pour se défendre, et non pour attaquer. Mais il arrive que les élèves, prenant le contrepied, se servent de leur force et de leur art contre la justice. Ce ne sont donc pas les maîtres qui sont méchants et ce n’est point l’art non plus qui est responsable de ces écarts et qui est méchant, c’est, à mon avis, ceux qui en abusent. On doit porter le même jugement de la rhétorique. Sans doute l’orateur est capable de parler contre tous et sur toute chose de manière à persuader la foule mieux que personne, sur presque tous les sujets qu’il veut ; mais il n’est pas plus autorisé pour cela à dépouiller de leur répu-tation les médecins ni les autres artisans, sous prétexte qu’il pourrait le faire ; au contraire, on doit user de la rhétorique avec justice comme de tout autre genre de combat. Mais si quelqu’un qui s’est formé à l’art oratoire, abuse ensuite de sa puissance et de son art pour faire le mal, ce n’est pas le maître, à mon avis, qu’il faut haïr et chasser des villes ; car c’est en vue d’un bon usage qu’il a transmis son savoir à son élève, mais celui-ci en fait un usage tout opposé. C’est donc celui qui en use mal qui mérite la réprobation, l’exil et la mort, mais non le maître.
SOCRATE J’imagine, Gorgias, que tu as, comme moi, assisté à bien des discussions et que tu y as remarqué une chose, c’est que les interlocuteurs ont bien de la peine à définir entre eux le sujet qu’ils entreprennent de discuter et à terminer l’entretien après s’être instruits et avoir instruit les autres. Sont-ils en désaccord sur un point et l’un prétend-il que l’autre parle avec peu de justesse ou de clarté, ils se fâchent et s’imaginent que c’est par envie qu’on les contredit et qu’on leur cherche chicane, au lieu de chercher la solution du problème a débattre. Quelques-uns même se séparent à la fin comme des goujats, après s’être chargés d’injures et avoir échangé des propos tels que les assistants s’en veulent à eux-mêmes d’avoir eu l’idée d’assister à de pareilles disputes. Pourquoi dis-je ces choses ? C’est qu’en ce moment tu me parais exprimer des idées qui ne concordent pas tout à fait et ne sont pas en harmonie avec ce que tu as dit d’abord de la rhétorique. Aussi j’hésite à te réfuter : j’ai peur que tu ne te mettes en tête que, si je parle, ce n’est pas pour éclaircir le sujet, mais pour te chercher chicane à toi-même. Si donc tu es un homme de ma sorte, je t’interrogerai volontiers ; sinon, je m’en tiendrai là. De quelle sorte suis-je donc ? Je suis de ceux qui ont plaisir à être réfutés, s’ils disent quelque chose de faux, et qui ont plaisir aussi à réfuter les autres, quand ils avancent quelque chose d’inexact, mais qui n’aiment pas moins à être réfutés qu’à réfuter. Je tiens en effet qu’il y a plus à gagner à être réfuté, parce qu’il est bien plus avantageux d’être soi-même délivré du plus grand des maux que d’en délivrer autrui ; car, à mon avis, il n’y a pour l’homme rien de si funeste que d’avoir une opinion fausse sur le sujet qui nous occupe aujourd’hui. Si donc tu m’affirmes être dans les mêmes dispositions que moi, causons ; si au contraire tu es d’avis qu’il faut en rester là, restons-y et finissons la discussion.
GORGIAS Mais moi aussi, Socrate, je me flatte d’être de ceux dont tu as tracé le portrait. […]
SOCRATE Écoute donc, Gorgias, ce qui me surprend dans tes discours. Peut-être avais-tu raison et t’ai-je mal compris. Tu es capable, dis-tu, de former un orateur, si l’on veut suivre tes leçons ?
GORGIAS Oui.
SOCRATE Et de le rendre propre, quel que soit le sujet, à gagner la foule, non en l’instruisant, mais en la persuadant
GORGIAS Parfaitement.
SOCRATE Tu disais tout à l’heure que, même en ce qui regarde la santé, l’orateur est plus habile à persuader que te médecin.
GORGIAS Oui, au moins devant la foule.
SOCRATE Devant la foule, c’est-à-dire devant ceux qui ne savent pas ; car, devant ceux qui savent, l’orateur sera certainement moins persuasif que le médecin.
GORGIAS C’est vrai.
SOCRATE Si donc il doit être plus propre à persuader que le médecin, il sera plus persuasif que celui qui sait ?
GORGIAS Certainement.
SOCRATE Quoiqu’il ne soit pas médecin, n’est-ce pas ?
GORGIAS Oui.
SOCRATE Mais celui qui n’est pas médecin est sans doute ignorant dans les choses où le médecin est savant.
GORGIAS C’est évident.
SOCRATE Ainsi l’ignorant parlant devant des ignorants sera plus propre à persuader que le savant, si l’orateur est plus propre à persuader que le médecin. N’est-ce pas ce qui résulte de là, ou vois-tu une autre conséquence ?
GORGIAS La conséquence est forcée, en ce cas du moins.
SOCRATE Et si l’on considère tous les autres arts, l’orateur et la rhétorique n’ont-ils pas le même avantage ? La rhétorique n’a nullement besoin de connaître les choses en elles--mêmes, de manière à paraître aux yeux des ignorants plus savants que ceux qui savent.
GORGIAS N’est-ce pas une chose bien commode, Socrate, que de pouvoir, sans avoir appris d’autre art que celui-là, égaler tous les spécialistes ?
Voilà peut-être de quoi faire réfléchir en ces temps d'élections où la rhétorique essaie de s'attirer nos suffrages…
De pire en pire ! Après l'appel de la Ligue des Droits de l'Homme à voter Ségolène (il y a pourtant plus politisé comme association, ça devrait faire réfléchir), une autre petite nouvelle bien révélatrice du monarchisme d'Iznogoud.
Ce petit article illustre bien quelques travers que l'on peut craindre s'il parvient au sommet de l'état. Citons au hasard le manque d'auto-dérision, la condescendance, une tendance à confondre ses différentes casquettes et à utiliser le papier à en-tête de son ministère pour sa campagne électorale, sa manière de passer par le haut de la hiérarchie quand les gens lui résistent, son manque de discernement en politique et son goût de la séduction.
Le deuxième tour des élections approche à grands pas. J'espère que la raison triomphera et que Nicolas ne sera pas porté aux responsabilités suprêmes… Petite rétrospective de ses meilleurs moments et quelques bonnes raisons de ne faut pas voter pour lui.
La dernière en date : Dominique Jamet, directeur de la rédaction de France Soir, a dû démissionner après avoir refusé de donner dans l'hagiographie sarkozyste que ses supérieurs lui avaient imposée. Vous pouvez lire ici la dépêche du Monde à ce sujet. Et après on viendra nous parler de la liberté de la presse. Nicolas est aussi le champion toute catégorie de l'abus de pouvoir : la police a ainsi éloigné des manifestants de son meeting à Meaux. Vive la liberté d'expression !
Si Sarkozy peut obtenir de tels résultats avant l'élection, qu'est-ce que ça va être s'il est élu ? Il faut que les citoyens se mobilisent et qu'on ne se réveille pas avec 5 ans de Sarkozy à l'Elysée, ou alors on aura probablement fait en une soirée électorale le plus grand recul démocratique de la Ve République. Si certains ne votent pas, votent blanc ou soutiennent Sarko - sauf bien sûr s'ils sont intéressés à sa politique -, c'est vraiment la fin des haricots. On est loin de l'Allemagne nazie, mais Hitler aussi est arrivé au pouvoir par les élections et la démagogie. Sarkozy a d'ailleurs fort bien ironisé sur ce thème sur France 2 hier soir, en affirmant, à propos du régime polonais, qu'être élu démocratiquement ne garantissait en rien la pratique démocratique du pouvoir du gouvernement. A méditer.
Ah et en bonus, une blague (véridique !) : vous connaissez le ministère préféré de Rachida Dati ? La rénovation urbaine à coup de Kärcher…
Sarkozy, toujours Sarkozy, mais quoi ? J'ai un problème avec ce bonhomme. Que les hommes politiques soient tous arrivistes, malhonnêtes, incapables, pourquoi pas… Mais malgré tout celui-là a quelque chose de pire que la plupart des autres. La preuve ? A part Le Pen, je ne vois pas de quel homme politique on a dit autant de mal. Il inquiète beaucoup de gens, moi le premier. Qui vivra verra.
C'est décidé, je serai candidat à la prochaine élection présidentielle !
Quelques mesures de mon programme :
Les députés au SMIC, avec deux effets bénéfiques : augmentation du SMIC à 3000 € net votée à l'unanimité dans les dix jours, et revalorisation de la vocation chez les hommes politiques au lieu de l'intérêt.
Permis de voter à points, tout vote pour un démagogue sanctionné par une perte de points et une amende, des radars automatiques permettant de constater les infractions.
Interdiction aux hommes politiques de passer à la télévision sauf dans l'exercice de leurs fonctions ou pendant les campagnes officielles, lesquelles seront limitées à 30 jours avant l'élection - quand on sait que les statistiques établissent qu'un électeur moyen ne se souvient de l'action des candidats que sur les 45 derniers jours, on ne peut pas faire mieux - et interdiction de répondre à des questions accessoires sur les séries TV préférées ou ce genre d'inepties.
Suppression des sondages, à la limite un au début de la campagne et un au milieu, c'est bien suffisant.
Interdiction aux citoyens de manifester ou de critiquer d'une quelconque manière le candidat pour lequel ils ont voté s'il agit comme il l'avait annoncé. Par exemple, je vote pour un candidat libéral et je me fais virer : c'est bien fait, je n'avais qu'à voter Arlette.
Votez pour moi, et peut-être que le scrutin suivant ressemblera à quelque chose !
Les dés sont jetés, nous aurons donc le fatidique Sarko-Ségo du 2e tour.
Déception pour ceux qui, comme votre serviteur, espéraient un
changement dans la politique. Inquiétude aussi, pour ceux qui, comme
votre serviteur, n'ont pas envie de se retrouver avec Iznogoud aux
commandes de la bombe atomique. Sursaut démocratique, participation
formidable, tout cela est très bien, mais parfois quand on voit comment
(et pourquoi) les gens votent, on se dit qu'il vaudrait mieux qu'ils
s'abstiennent ou qu'il existe un permis de voter (de préférence à
points).
C'est donc le candidat de la mauvaise foi et du totalitarisme qui fait
un score mémorable, bravo, il y a de quoi être fier. Alors qu'il n'est
toujours pas retourné dans les banlieues, celles et ceux qui ont vu
brûler leurs voitures ont donc choisi de confier le sort de la nation à
celui qui a mis le feu aux poudres ; pour lutter contre l'insécurité et
notamment les attentats, les traumatisés du 11 septembre ont voté pour
le pro-américain de service, qui soutenait la guerre en Irak et joue à
"je t'aime moi non plus" avec les musulmans ; pour lutter contre la
précarité on s'en est remis au candidat du Medef, de la libéralisation
et du capitalisme débridé. On ne s'étendra pas sur l'environnement, le
Pacte écologique de Nicolas Hulot aussi vite oublié que signé, ni sur
le danger de rassembler dans les mains d'une seule personne - tant on
le sait despotique et craint jusque dans le giron de l'UMP - la
quasi-totalité des pouvoirs en France.
Lui qui veut rassembler les Français (mais pas tous ensemble, les homos
et les hétéros chacun de leur côté, les chrétiens et les musulmans, les
travailleurs et les fainéants, les riches et les pauvres, les gendarmes
et les voleurs - ah non, c'est vrai, les gendarmes sont nos amis et les
voleurs il n'y en aura bientôt plus un seul -) autour de la fraternité,
il a tout compris : on a beau être riche et corrompu, infiltré comme
pas un candidat dans le réseau occulte du pouvoir et des influences, on
peut quand même parler les yeux dans les yeux aux ouvriers. Il suffit
de promettre, de leur dire qu'ils ont peur, et de brasser de l'air.
Consternant.
On n'a que ce qu'on mérite. Une fois n'est pas coutume, je me rallierai
aux mots de ce cher Le Pen, le grand perdant de l'élection (Sarkozy
appelle cela "ramener les égarés dans le giron de la République") :
erreur d'appréciation, on croyait que tout allait mal en France, mais
non, tout le monde est content, tellement content qu'on va refaire un
tour de manège de 5 ans avec en plus un démago instable et brutal à la
barre. Après, il ne faudra pas se plaindre.
J'avais récemment une discussion sur la responsabilité des citoyens
allemands dans l'avénement du nazisme ; je la contestais et je la
conteste encore. Mais quand je vois que les Français sont sur le point
de donner les pleins pouvoirs au candidat le plus brutal et le plus
musclé de la politique française (Le Pen en habit de respectabilité),
je commence à me demander s'il faut vraiment toujours trouver des
excuses aux gens.
Ce qui est sûr, c'est que si Bayrou était passé, il aurait été élu au
2e tour. Avec Ségolène, ce qui est probable, c'est que Sarkozy passe.
Ça valait le coup d'avoir la gauche au 2e tour.
M. Sarkozy a des amis. Ils sont célèbres, aimés des Français (il paraît), en tout cas populaires, intelligents (mais si ! ils passent même à la télé) et foncièrement humanistes. La générosité de Johnny qui en a marre de payer les fonctionnaires de l'état français n'a échappé à personne, ni l'acuité intellectuelle de Doc Gynéco, ni bien sûr la compassion manifeste de Pascal Sevran pour le continent africain et la criminelle "bite des noirs". Sarkozy peut effectivement se réjouir d'être soutenu par de telles célébrités !
Reste le petit Steevy du Loft (ne lui déplaise, il n'y a aucune autre raison à sa présence toujours lumineuse sur les ondes que son passage dans la première émission de télé poubelle de notre beau pays). On connaissait son intelligence et sa culture - le "Bal des cygnes" de Tchaikovsky, la "lumière infuse", la "poule aux yeux d'or", le "marteau et la fourche" communistes -, mais voilà que Steevy Boulet le bien nommé est en plus un bon petit profiteur du système. On comprend mieux qu'il soutienne Sarkozy, lui qui se fait payer du chômage par les ASSEDIC les mois d'été où malgré tout le talent qu'on lui connaît il n'est pas employé par France Télévisions.
Quand le gouvernement essaie de faire passer un protocole rendant l'indemnisation plus incertaine pour les intermittents du spectacle les plus en difficulté, il ferait peut-être mieux de trouver un remède aux abus du système. Mais il préfère laisser les grandes chaînes de télévision - y compris du service public - engager des maquilleuses en CDD pour que l'assurance chômage paie la différence et des incompétents notoires grassement payés comme Steevy toucher une indemnité chômage, pendant qu'on supprime les allocations pour un malheureux comédien de théâtre à qui il manque un cachet.
Mais une fois de plus, tout est affaire de priorité. Pour faire rentrer des sous dans les caisses, c'est bien plus facile de tirer sur les petits. Quant à concevoir un système durable... Le mot donne la nausée à M. Sarkozy. En tout cas, le gentil petit facho gay du PAF fait campagne jusque dans ses incivilités et le petit Nicolas l'en remerciera... A moins que la bêtise crasse de l'intellectuel de service d'On a tout essayé ne fasse fuir les électeurs... Sait-on jamais, un sursaut de discernement n'est jamais impossible, même dans notre beau pays.
Après le palmarès des excès de vitesse des candidats à la présidentielle publié dans un magazine automobile, où le petit Nicolas s'était une fois de plus distingué (130 km/h sur une route à 70 c'est quand même une belle performance), voilà notre lapin Duracell, pour reprendre l'expression du tout aussi sympathique Philippe de Villiers, qui se lance dans les économies sur la santé. Fidèle à son idée fixe et sa méthode si personnelle, il veut instaurer une franchise interdisant le remboursement des premiers frais médicaux pur chaque patient. Une pétition circule déjà sur le net pour protester contre un principe qui pénaliserait bien évidemment les plus pauvres, et aurait de lourdes conséquences sur la prévention médicale (en tout cas qui n'inciterait pas à aller chez le médecin pour des maladies apparemment sans gravité ou des dépistages).
Comme naguère avec les intermittents, l'UMP part du constat qu'il existe des abus, et au lieu de s'y attaquer, modifie la loi pour que le système continue à tenir debout malgré les abus. C'est du grand art, d'autant qu'après cela on ose nous servir qu'on s'attaque aux problèmes ! Comme toujours, M. Sarkozy brille par son pragmatisme refusant absolument toute vue à long terme, et confirme que les électeurs qui lui donneront leur scrutin font le choix d'une société de conflit et d'inégalité. Quant à sa prétendue efficacité, on voit bien de quoi il s'agit. Il y a de la délinquance ? Qu'à cela ne tienne, le jour où chaque citoyen sera suivi 24h/24 par un policier, indéniablement, elle diminuera. Mais qui veut vivre dans un monde pareil ? Et vaut-il mieux que les agressions diminuent par peur de la police ou parce que les citoyens sont pacifiés ?
Ce cher Nicolas Sarkozy mène une campagne bruyante (et brillante aux yeux de
bon nombre de Français), mais tout ce qui brille n'est pas or. En ce qui
me concerne, il n'a jamais eu ma sympathie, et son côté agitateur
m'agace assez terriblement. Je ne veux pas faire ici du prosélytisme et
je me contenterai d'évoquer deux ou trois choses qui m'ont quand même
assez étonné dans cette campagne.
1° Sur le fond, je m'explique mal comment le président de l'UMP peut
tourner tous ses discours au futur ou au conditionnel, alors qu'il est
actuellement en exercice au sein d'un des ministères les plus influents du gouvernement. Quand Le Pen ou Besancenot disent qu'ils
veulent faire ceci ou cela, ils ont au moins à leur actif qu'ils n'ont
jamais été en mesure de le faire. Nicolas et son parti sont au pouvoir,
alors pourquoi est-ce que nous ne voyons pas déjà toutes les merveilles
qu'ils nous promettent pour le prochain mandat ?
2° Les médias. Alors là, force est de reconnaître qu'il est très fort.
Il fait du bruit, ses déclarations sont toujours coup de poing et
relayées par ses amis les médias avec, selon certaines mauvaises langues, une approbation
particulière. On peut remarquer que Duhamel s'est fait éjecter pour
avoir révélé à qui irait sa voix, mais les
grands amis personnels de Sarkozy, qui se trouvent par le plus grand des hasards diriger les principaux médias français n'ont pas de pareils complexes… Au-delà du doute, la
campagne de l'UMP, centrée sur l'énergie de Sarkozy, occulte parfois un
peu le contenu. "Bayrou n'a pas de programme", nous dit-on, et
"Ségolène n'a pas de conviction, elle veut faire comme veulent les
Français." Mais Sarkozy, oui, il a des idées, un
programme…
3° Alors on peut se livrer à un petit exercice comparatif : les sites web. Les 100 propositions du PS sont disponibles en ligne, avec bien sûr ce côté participatif qui irrite tant de monde. Les propositions de Bayrou
sont également sur son site, peut-être pas toujours concrètes, mais
enfin elles existent. Qu'en est-il du petit Nicolas, qui nous assène
par médias interposés que les autres candidats n'ont pas de programme
et que lui seul sait où il veut mener la France ? Un petit tour sur son site et plus exactement sur la rubrique "ce que je vous propose"
est très instructif : un abject pdf d'une page à télécharger pour dire
qu'il est le meilleur, et pas une mesure concrète. Pour les photos, les
bannières à l'américaine et le culte de la personnalité, pas de
problème, tout y est, c'est hagiographique à souhait, on se croirait
sur TF1. Mais pour les idées, on cherche, on cherche… Si quelqu'un
déniche où le petit Nicolas les a cachées sur son site, merci de
laisser un message. Ah si, en fait, dans la colonne de droite, elles y
sont, les mesures : la phrase qui revient le plus est "je veux
être le président"… Tout un programme.
A la relecture de son programme d'une page, je me demande si n'affleure
pas un semblant d'idéologie. Peut-être pas si vide que ça, en fait. Je
cite :
" C'est pour cela, à cause de cela, par cela que je me suis engagé
dès mon plus jeune âge […] dans la conquête de ce que l'on appelle de
façon vague le pouvoir."
Là, on ne peut pas être plus sincère. Le pouvoir, le mot est lâché. On
voit que les motivations du monsieur sont vraiment liées au bien de se
concitoyens et pas à l'ambition personnelle.
"La politique n'a pour moi aucun sens si elle ne se fixe pas pour but de donner un espoir à des millions de gens."
Mais comment peut-on prononcer des phrases aussi démago ? Donner de
l'espoir, dire aux gens "vous allez voir, avec moi ça va s'arranger",
c'est ça un projet ? C'est ça la rupture tranquille ? Et encore je
n'entre pas dans une réflexion plus poussée sur l'espoir tel que le
décrit mon cher Albert Camus, comme dernier fléau de la boîte de
Pandore. La lucidité n'a que faire de l'espoir.
La suite du programme est un bla-bla insipide et convenu. Je m'énerve
tout seul à lire ça sur mon écran ! Être si habile à galvaniser les
foules, et n'avoir rien à dire, rien à proposer ! Quelle misère… Et le pire c'est qu'il sera peut-être élu, parce qu'il brasse plus d'air que les autres. Vive la démocratie.
Nicolas Hulot n'a pas encore annoncé s'il serait finalement candidat à l'élection présidentielle. Il a proposé aux autres candidats de signer son Pacte écologique, qui contient 10 objectifs et 5 mesures concrètes à prendre immédiatement pour engager le prochain mandat sous le signe de l'écologie. Ne nous leurrons pas, avant que la révolution ne soit en marche, la pollution a encore de belles années devant soi, mais on peut au moins essayer d'inciter les candidats à prendre ces questions au sérieux… si vous êtes sensibilisé à ces problèmes et que vous souhaitez appuyer ce message aux politiques, ne ratez pas l'occasion et signez le Pacte écologique !
Ceux qui ont regardé le film diffusé à la télévision par le service public sur Jacques Chirac auront pu apprécier cette approche lumineuse de la politique. Je nourrissais déjà peu d'illusions sur les hommes politiques français et autres, je les devinais aspirant au pouvoir et à la réussite plus qu'à la mise en oeuvre de leurs idées. Mais j'ai été bluffé par la désarmante franchise avec laquelle les personnalités interrogées laissaient voir de la manière la plus naturelle du monde comment se construit une campagne.
La surprise est modeste de découvrir que les hommes politiques se livrent souvent à des campagnes de démolition (et d'après le documentaire, Chirac plus qu'aucun autre a joyeusement tiré dans les pattes de ses concurrents), mais il est confondant de constater à quel point la vacuité des programmes électoraux ne dérange personne. On voit ainsi les collaborateurs de Chirac, Séguin ou Pasqua par exemple, exprimer comme une évidence que, quand un candidat propose une idée pour sa campagne, ses adversaires en trouvent une autre pour rivaliser. En d'autres termes, un homme politique n'est pas pour ou contre tel ou tel principe : mais si un candidat a proposé une réforme, ses adversaires en inventent une autre pour gagner des voix. Par exemple, si je m'appelle Jean-Marie Le Pen et que je prône l'immigration zéro, mes adversaires vont devenir du jour au lendemain les défenseurs de l'immigration. C'est ainsi que Chirac (mais il n'est pas le seul) s'est retrouvé tantôt farouche anti-européen, tantôt porte-parole de la constitution commune. Il semble en aller de même de tous les hommes politiques et de tous les sujets : consternant. Le plus consternant est que les témoins interrogés n'éprouvent pas la moindre gêne à s'exprimer là-dessus, comme s'ils n'étaient pas même conscients que la vitrine politique perd un peu de son clinquant aux yeux des crédules citoyens. Je ne me l'explique pas. Qui peut continuer à leur accorder sa confiance ?
On apprend aussi d'autres choses plus amusantes, comme ce que disait le Président de la République en 1995 sur Sarkozy : il faudrait ainsi lui marcher dessus, et du pied gauche, car cela porte bonheur… Et deux minutes plus tard, le même Sarkozy parle très respectueusement de M. Chirac qu'il ne pouvait pas suivre dans sa campagne contre Balladur… Magnifique ! Et de tirer la morale de tout ça : la France ne se donne qu'à celui qui la désire le plus. Inutile de préciser qui devrait ainsi la récupérer aux prochaines élections…
Je sors du cinéma où je suis allé voir le film d'Al Gore, An Inconvenient truth. C'est assez édifiant, et à plus d'un titre. D'abord, s'il a fait campagne sur ce sujet, on peut admirer avec un peu d'ironie que Bush lui soit passé devant à l'époque… Mais surtout, j'avoue avoir été affligé de constater à quel point ce message que tout le monde entend et connaît depuis des années a du mal à se faire un chemin dans les esprits. Combien de catastrophes climatiques seront nécessaires avant que l'opinion publique s'extirpe de ses pesanteurs et se mette en marche au service du long terme et de la mesure ? Et les politiques ? Quand la logique absurde des marchés se pliera-t-elle à la rationalisation et au respect de la nature, du monde ?
En attendant, on peut toujours tirer un coup de chapeau à Al Gore, à notre connaissance le seul homme politique de premier plan qui ait empoigné le taureau par les cornes. Bien sûr, d'aucuns l'accuseront de démagogisme, d'autres pointeront du doigt son goût du show à l'américaine, mais au moins, et par ces mêmes médias qui contribuent souvent, via la culture de masse, à valoriser la déesse consommation, il aura peut-être un impact sur le grand public. Il serait temps…
La France est sans doute un meilleur élève écologique que les États-Unis, mais j'avoue me désespérer qu'il m'ait fallu attendre ce film pour enfin retrouver chez un homme politique des préoccupations qui ressemblent aux miennes. Je suis bien en peine de choisir pour qui je voterai en 2007 : il faut aller faire un tour sur le site des Verts pour se faire une idée du côté bricolage dont la politique décidément ne se défait jamais. Pour ceux qui attendent la révolution, il reste encore à attendre. Mais je crois que j'aurais voté pour Al Gore sans trop me forcer. S'il a pu obtenir un tel résultat du grand politicosceptique que je suis, peut-être le miracle aura-t-il lieu ?
Les artistes s'affichent de plus en plus aux côtés de tel ou tel homme politique. Certaines associations choquent moins que d'autres ; on pense à Doc Gynéco et Sarkozy, qui à première vue n'ont vraiment pas grand-chose de commun dans ce qu'ils véhiculent en tant que personnalités médiatiques (d'ailleurs, en admettant que Doc Gynéco ait par exemple sur le cannabis les mêmes idées que Sarkozy, on peut se demander si ce dernier goûte les harmonies suaves du ménestrel de l'UMP). C'est dans l'air du temps, et pour cause (la présidentielle de 2007 !). Mais je me demande s'il s'agit véritablement d'engagement politique. Je veux dire qu'on peut s'engager contre la guerre, contre la faim, contre la délinquance, contre la drogue, ou pour être positif, pour l'alphabétisation, pour la tolérance, pour les droits de telle ou telle catégorie sociale… Pour Sarkozy ou pour Ségolène Royal, en revanche, me semble un peu trop people pour être tout à fait sérieux… En tout cas l'artiste que je suis ne s'engagera pas aux côtés de qui que ce soit, et s'il devait le faire ce serait pour un parti qui n'existe pas et qui ne fait pas campagne. Dur de s'identifier à nos merveilleux hommes politiques.
Ganymède, le divin échanson cueilli par Zeus tandis qu'il paissait ses troupeaux sur les pentes de l'Ida de Troade. Il devait lui verser le nectar en place d'Hébé, la déesse de la jeunesse, et cela convient bien à notre temps — le monde est-il si vieux ? L'auteur empruntera donc sa signature pour ces lignes intermittentes sur la vie et l'esprit. En toutes solitude et liberté.